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mirabelle-cerisier 金の桜 - Page 11

  • Sea Fog / La Revanche des Dragons Verts / Les Chevaliers du Zodiaque

    Trois films issus d'entre les mailles de ces derniers mois, chacun d'une origine asiatique différente, portant une déception bien singulière selon les réalisations.

    SEA FOG, LES CLANDESTINS (HAEMOO) – Shim Sung Bo

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    Du film il ne faut retenir qu'une scène, puissante de vérité et de violence. Au bout de trente minutes flirtant avec le documentaire, démontrant la vérité d'acteurs entraînés à manier les cordages et la pêche comme une habitude de tous les jours, entre réprimandes, bavardages, taquineries, discussions conjugales, surgit l'action d'embarquement d'immigrés clandestins. La force de cette scène essentielle à la tournure du scénario réside dans le vertige de son image et la puissance de suggestion de la panique. Les bateaux tanguent l'un près de l'autre, dans une nappe noire éclairée de quelques tâches de lumière violente. Y surgissent brusquement la foule des immigrés, véritables apparitions dans la nuit, portés par les cris désemparés des pêcheurs et les vagues qui s'entrechoquent. La séquence marque les immigrés comme des indices étrangers dans une réalisation jusque là réaliste et bascule l'esthétique dans un terrifiant fantastique.

    Cependant, ce basculement fort intéressant et prenant n'est là que pour porter le sentiment de panique et le chaos engendré par la décision du capitaine ; et surtout pour signaler le tourbillon de violence prêt à envahir les protagonistes.

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    En cela, les lourdeurs du scénario et des dialogues de Sea Fog le rapprochent grandement de Antartic Journal (Yim Pil-Sung, 2005), un film motivé par la même ambition du voyage maudit éprouvant – et éprouvé à l'écran – mais incapable de construire une réelle immersion dans son sujet et ses personnages. Ainsi, les longues course-poursuites et la folie environnante surgissent sans réelle finesse, sans regard ni mise en scène personnels. Les acteurs se débattent dans les explosions et les dérapages hurlants, les haches, les couteaux, les revolvers et les objets contondants circulent dans la grande tradition du film de vengeance sud-coréen, où seule une architecture sournoise du bateau se retournant contre les protagonistes prête à sourire. Pris dans cette noyade littérale de sa démonstration des affrontements et d'une bien trop fréquente utilisation d'une agressivité réaliste, Sea Fog en finit par éviter totalement la page de l'histoire et du thème de l'immigration qu'il prétendait aborder.

     

    LA REVANCHE DES DRAGONS VERTS (REVENGE OF THE GREENS DRAGONS) – Andrew Loo et Andrew Lau Wai-Keung

    Cette production américaine co-réalisé par l'un des créateurs de la trilogie hongkongaise Infernal Affairs ne démérite pas d'ambition : suivre l'évolution de deux immigrés dans la banlieue de New York dans les années 1980, parmi les affrontements de gangs chinois et les efforts de la police locale pour démanteler le réseau asiatique. L'intérêt de La Revanche des dragons verts se limite cependant à ce tracé historique, relativement pâle et incarné brièvement par le protagoniste joué par Ray Liotta.

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    Depuis Infernal Affairs, le réalisateur Andrew Lau avait proposé l'insipide Confession of Pain, une enquête mentale aux conclusions maladroites. La Revanche des dragons verts comporte les mêmes défauts compulsifs à ces précédentes réalisations : un montage nerveux, une narration volontiers dynamique, remplie d'ellipses, afin de créer la confusion, l'alternance entre des affrontements très serrés et très découpés et des plans de contemplation des silhouettes face au paysage urbain... Si ce style convenait à la nervosité de la confrontation entre les deux infiltrés d'Infernal Affairs, il ne fait qu'alourdir le récit de Confession of Pain et celui de la Revanche des Dragons verts. Dans ce dernier, les protagonistes sont taillés à coups de pioche stéréotypée, les relations limitées à l'usuelle fraternité d'enfance éclatée, la violence grossièrement montrée à l'écran. Avec une facilité agaçante, le film multiplie les scènes de décapitation, d'humiliation ou de viol, faisant piailler ses acteurs dans tous les sens.

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    La démonstration appauvrit un portrait déjà très limité des immigrés et des gangs asiatiques de cette époque, se débarrassant de toutes nuances et ne cherchant même pas à faire jaillir l'ambiguïté, la véritable folie ou rage absurde de ces organisations mafieuses. La frustration est d'autant plus que surgissent forcément en comparaison les films de Martin Scorsese, producteur exécutif du film, parvenant justement à atteindre ces qualités-là.

     

    LES CHEVALIERS DU ZODIAQUE, LA LEGENDE DU SANCTUAIRE (SAINT SEIYA : LEGEND OF SANCTUARY) – Keiichi Sato

     

    La vision des Chevaliers du Zodiaque ne fut ni une épreuve, ni un plaisir, ni un haut-le-coeur... Elle fut un néant total. Si l'exercice de la critique négative demeure rarement aisée, elle n'est guère facilitée face à ces films, presque des objets rares parce qu'ils débordent de vacuité et d'inintérêt. Après Albator, corsaire de l'espace (Shinji Arakami, 2013), la Toei poursuit, tel un Marvel japonais, son chemin dans la réadaptation de ses célèbres séries. Le succès de Masami Kurumada succède à celui de Leiji Matsumoto dans cette reprise « moderne » de sa narration et de son esthétique.

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    L'échec du film tient d'abord à son pari, plutôt absurde que risqué, d'adapter 73 épisodes de la série pour les soumettre à la durée conventionnelle d'un film. Cette concentration est justement impossible, tant la série se construit justement sur l'enchaînement de ses épisodes et sa durée prolongée. Dès lors, le scénario accumule les raccourcis abusifs et s'autorise des ellipses invraisemblables. Les combats, généralement points forts de la transposition de ces séries sur grand écran – des adaptations comme Naruto, Bleach ou Full Metal Alchemist, même parfois creuses dans leur contenu, avaient au moins cette qualité de se surpasser en terme de mise en scène des affrontements – sont ici limités à quelques poings rageurs et des effets si véloces qu'ils précipitent tout le film dans une ribambelle illisible d'effets spéciaux. Certes, le style de Masami Kurumada, ainsi que l'adaptation des années 1980, s'appuyaient sur une explosion de couleurs et de détails quasi baroques, par exemple dans le design des armures. Celle-ci accompagnait cependant le rythme aventurier, cosmopolite, feuilletonesque des nombreux épisodes. Dans le contexte du film de Keiichi Sato, le passage au numérique de cet éclatement devient saturation dans l'image. Les attaques fantastiques et rituelles des Chevaliers, ainsi que le domaine des Divinités dorées, sont restitués grossièrement, à peine explorés dans leurs possibilités. Comble de ce gâchis esthétique, la plupart des combats sont éliminés au montage, remplacés par des remémorations inutiles de l'enfance des héros.

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    La véritable frustration provient de la disparition totale d'une once de vivacité chez les protagonistes. Sans être aficionado de la série originale, on ne pouvait lui reprocher le sacrifice des personnages au profit de la forme : chacun des Chevaliers concentrait sa part développée de passé, de charge personnelle et d'ambiguïté caractérielle. Dans La Légende du sanctuaire, les figures se succèdent sans se distinguer, uniquement définies par leurs signes caractéristiques visuels, et existent de manière pauvre à l'écran. Cette adaptation pointe justement les limites du numérique et de sa voracité dans sa reprise d'anime à succès : les effets spéciaux affublent les visages, les corps et les mouvements, dans une volonté d'éblouir, de dynamiser, mais en oublient la recherche d'une qualité de rythme singulier, ou de protagonistes propres.

  • Jellyfish

    La méduse et le jeune

     

    JELLYFISH (AKARUI MIRAI, 2002) – Kiyoshi Kurosawa

    Film projeté au Forum des Images dans le cadre du cycle Contamination

    Dans ses quelques défauts tout autant que dans ses audaces, Jellyfish est un film surprenant. Il annonce, malgré sa discrétion, le virement opéré par Kiyoshi Kurosawa d'un cinéma horrifique détournant les questions de genre à celui détournant les questions sociales de son époque.

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  • Hard Day

    Jouissance du monde corrompu

    HARD DAY (MOO-DEOM-KKA-JI GAN-DA) – Kim Seong-hun

    Fantaisie scénaristique, Hard Day fonctionne bel et bien parce qu'il dépeint un monde corrompu, rongé par les trafics et l'argent, sans ressource d'humanité possible. Avec ironie, le film de Kim Seong-hun se nourrit de ce qui caractérise le cinéma sud-coréen actuel : vengeance, mise en scène conduisant l'acharnement dans la traque ou le meurtre, suprématie de la folie masculine, relations limitées à des rapports de domination...

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  • Au Revoir l'été

    Rohmer or not Rohmer...

    AU REVOIR L'ETE (HOTORI NO SAKUKO) – Koji Fukada

    J'espère avoir le temps – et le courage – de m'en justifier dans mes blogs, je n'apprécie guère le cinéma d'Eric Rohmer. Plus que de l'indifférence, ce cinéma a plus soulevé chez moi de l'exaspération ou de l'agacement. Autrement dit, partir découvrir Au revoir l'été – un film dont la campagne médiatique en France vantait sa proximité avec Rohmer – suscitait ma méfiance. L'expérience avait été malheureuse chez son successeur coréen, Hong Sang-ho, dont les quelques films s'étaient révélés à mes yeux pétris par ce que je reprochais au cinéaste français.

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  • Seventh Code

    Une Fantaisie à la Pierrot

    SEVENTH CODE – Kiyoshi Kurosawa

    Film projeté dans le cadre du festival du Film Japonais Contemporain à la Maison de la Culture du Japon, Seventh Code est un petit ovni glissé dans la filmographie de Kurosawa, entre le romantique Real et son prochain film de fantômes à venir, Journey to the shore, déjà sorti au Japon.

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  • Souvenirs de Marnie

    Un parfum d'enfance...

     

    SOUVENIRS DE MARNIE (OMOIDE NO MÂNÎ) – Hiromasa Yonebayashi

    Après Arrietty et le petit monde des chapardeurs (Karigurashi no Arrietty, 2010), Hiromasa Yonebayashi continue son exploration intime et atmosphérique des rencontres impossibles. Force est de constater qu'à l'inverse de son collègue Goro Miyazaki, qui a signé deux longs-métrages aux partis pris narratifs et esthétiques extrêmement différents, Yonebayashi, un des fidèles assistants d'Hayao Miyazaki, prolonge avec Souvenirs de Marnie son style minimaliste. La discrétion du ton et l'épique renversé à l'échelle de quelques jours d'été le rapprochent cependant plus de Yoshifumi Kondo que du maître Miyazaki. Souvenirs de Marnie a la poésie douce et les emballements nostalgiques de Si tu tends l'oreille (Mimi wo sumaseba, 1995).

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  • FFCP 2014 - 2

    9ÈME ÉDITION DU FESTIVAL DU FFCP – FILM CORÉEN DE PARIS

    3 films d'animation au FFCP

    JOHNNY EXPRESS -Kyungmin Woo

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    Prix du Meilleur Scénario, Johnny Express est un hilarant, car très habile, court-métrage d'animation. En quelques minutes, le film de Kyungmin Woo propose un burlesque et irrésistible humour, où le flegme d'un livreur du cosmos vient provoquer l'apocalypse sur une planète. Le montage joue habilement des codes du film catastrophe, et en amplifie la charge comique et grotesque par le contraste avec ce livreur paresseux et naïf. L'animation 3D rend très bien compte des contrastes de genre et de tons, multipliant les mini-gags visuels à l'intérieur des plans. Un court-métrage direct, efficace et intelligent, qui prouve plus que la cruauté burlesque de son scénario.

     

    PEST – Orom Park et Younghyun Yoo

    Très perturbant, ce court-métrage utilise l'animation comme un moyen de rompre avec ses apparences graphiques. Ainsi, la douceur simple du plan d'ouverture, qui révèle un salon propret où se lit tranquillement un vieux monsieur à lunettes, silhouette au tracé paisible, devient le cadre d'une violence froide et sans pitié. De la même manière, le visage comique et ballonné des deux policiers venus inspecter la maison, fera grincer des dents lors de leur fracas surréaliste contre le sol. Les différences de proportions sont énormes entre les actes effectués et la violence déchaînée, et entre le style employé et l'action perpétrée par ces personnages. Le basculement du cadre lisse et propre a quelque chose du malaise d'Haneke dans ce troublant Pest.

     

    THE FAKE – Sang-ho Yeon

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    The Fake est le second long-métrage de Sang-ho Yeon après The King of Pigs (2011), devant sortir logiquement sur nos écrans français en 2015 (je ne détaillerai pas ici le gouffre en ce concerne la distribution, hélas bien pauvre, des films d'animation d'origine coréenne).

    Assez curieusement le film pêchait dans son animation, peu novatrice, volontiers réaliste et simple dans ses choix de composition du cadre, de montage et de traitement sonore et visuel. Dès lors, The Fake surprend et ébranle par la texture riche de son scénario, mais déçoit par la platitude du traitement graphique. Au final, c'est bien plus l'écriture du film qui soutient la charge politique, plutôt que l'animation, à la présence alors peu justifiée.

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    The Fake interroge l'impact de la religion au sein d'une zone rurale à travers le récit d'une escroquerie. La scène d'ouverture est saisissante où une jeune curé, après avoir subi les conseils autant que les discours menaçants d'une poignée de mafieux, pénètre dans l'église moderne. S'y jouent, succédant à ces échanges quasi-scorsesiens, les impressionnantes prières de campagnards en larmes, se frappant contre le sol ou prêchant le ciel avec torpeur. Le regard cinglant porté sur la folie de la croyance, dans tout ce qu'elle a d'excessif et d'exclusif, n'est pas sans rappeler celui de Lee Chang-dong dans Secret Sunshine (2007). Le film ausculte en effet, à travers une galerie de personnages, l'atmosphère si particulière d'une communauté rurale, repliée sur la valorisation à la fois de l'esprit de groupe et de règles d'exclusion. La marginalisation devient un lent processus fondé sur les rumeurs, les sous-entendus et les regards méfiants, les jeux de manipulation. À ce niveau, si la corruption provient dès le départ des faux miracles religieux, la suite du film révèle peu à peu cette contamination du faux et de l'apparence sur toutes les cellules de la communauté.

    fake-retour.jpg Le scénario s'attache à la figure controversée de Min-Chul, le père de famille qui revient dans son village et s'aperçoit de l'escroquerie. Ironie du sort, à la manière du protagoniste de The Chaser (Hong-jin Na, 2008), ce personnage détenant la vérité se révèle également irrécupérable. Cependant, loin de construire un itinéraire rehaussant la moralité de ses protagonistes, le film en renverse souvent les figures les plus optimistes, tel le jeune prêtre. En cela, The Fake est gagné par un désespoir parfois difficile à encourager.

    L'animation de Sang-ho Yeon tient sa singularité surtout au niveau des teintes de ses plans. Les couleurs et les décors, très réalistes, sont baignés dans cette froideur boueuse que seule le rouge du monastère vient quelque peu contrebalancer. Au vu de la tournure du scénario, de la violence déchaînée et de l'audace de la critique portée à la religion et à la corruption, l'animation de ce film devient non pas un outil de création mais un intermédiaire de transmission d'un propos engagé. Elle permet d'incarner une violence considérée comme invisible et de révéler derrière toutes les escroqueries, tous les trafics possibles, leur froide réalité.

  • FFCP 2014 - 1

    9ÈME ÉDITION DU FESTIVAL DU FFCP – FILM CORÉEN DE PARIS

    du 28 octobre au 4 novembre 2014

    http://www.ffcp-cinema.com/

    C'est la seconde fois que je me rends au Festival du Film Coréen de Paris. L'équipe du festival a fait beaucoup de chemin depuis les projections chaotiques au Saint-André-des-Arts, par ailleurs un excellent cinéma Art et Essai, mais peu adapté à l'époque à la structure du festival et au succès affluent. Ainsi, le déplacement au Publicis Cinéma permet au FFCP de bénéficier de larges salles confortables pour l'événement. La programmation proposée était très riche, avec de nombreuses avants-premières (Haemoo, A Girl at my door, A Capella, Hard Day), des rétrospectives, des courts-métrages, des documentaires, de l'animation et surtout des films grand public. Probablement est-ce là la marque du FFCP, autrement dit sa volonté de confondre un large panel d'oeuvres, et de proposer autant du cinéma indépendant que des grands succès du box-office coréen, sachant qu'il est toujours appréciable de savourer des films d'action sur grand écran.

    Cette année, je pus voir quatre longs-métrages, dont un d'animation, ainsi que trois courts-métrages. La première partie de ce compte-rendu est consacrée aux films de fiction.

    12TH ASSISTANT DEACON – Jae-Hyun Jang

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    Grand Prix du Meilleur Court-métrage de cette année, 12th Assistant Deacon est un curieux objet, dont la réalisation très dense fait regretter le format du court. Le sujet est en effet très fort, puisqu'on suit un jeune prêtre sorti du séminaire et prêt à affronter, non pas une messe ni une communion, mais un exorcisme au sein d'un quartier urbain. Le personnage nous entraîne dans une ruelle sombre, loin de l'agitation joyeuse des soirs de la ville, suivant un prêtre l'infiltrant dans une chambre miteuse où siège une malade. Le dialogue habile dresse l'attente vis à vis de l'exorcisme qui va venir, dans un travail d'atmosphère efficace. 12th Assistant Deacon est parvenu à construire sa singularité dans le genre en proposant une intrusion directe non seulement dans cette chambre, mais également dans le personnage de ce jeune séminariste qui vient faire son premier exorcisme. Le fantastique gothique flirte avec le traumatisme personnel du viol, dans une réalisation déjà très efficace, loin d'être dans l'amateurisme. L'unique regret d'en voir plus souligne au final la qualité de ce court-métrage.

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    NIGHT FLIGHT – Lee Song-Hee-Il

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    Lee Song-Hee-Il est un cinéaste travaillant beaucoup autour de l'homosexualité en Corée. Il est ainsi connu pour le drama No Regret (2011), relativement torturé sur la question car traitant d'un amour impossible dans le milieu des prostitués de luxe. Night Flight ne propose pas un portrait aussi dense que No Regret sur la plan de l'homosexualité. Celle-ci, au final, demeure peu présente, plutôt passée à travers le filtre de la romance. En ce sens, le film contient certaines maladresses dans sa vision de la relation des deux garçons, usant inutilement d'effets musicaux, de grands travellings aériens ou de décors idylliques. L'entourage de toute cette relation par des effets presque pompeux fait que la délicatesse passe peu. Elle ne filtre au final que sur les scènes situées dans ce « Night Flight », cet ancien et mystérieux bar gay perdu au sommet d'un immeuble en démolition. Là, l'homosexualité présente son aspect le plus mélancolique, perdue entre quelques boissons partagées sous les néons vacillants et les décorations usées.

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    En outre, ces quelques maladresses ne cessent de contraster, violemment, avec la description, plus globale, du lycée dans lequel évoluent les deux héros. À ce niveau, le film de Lee Song-Hee-Il propose une terrifiante lecture du harcèlement à l'école. Le film s'ouvre d'emblée sur une scène d'agression, cachée sous un rail de métro. La spontanéité des lycéens est sans cesse morcelée par leur violence, et par le désintérêt du monde adulte à leur égard. Les toilettes deviennent des espaces de domination, les récréations et pauses-déjeuner des moments de terreurs, et le quotidien familial ou les vacances les seuls échappatoires à cette agressive routine scolaire. Le traitement de ce harcèlement est singulier : ni démonstratif ni facilement choquant, il fait succéder les séquences de violence avec sécheresse, concision, spontanéité si présente qu'elle en devient banale. Le montage, par la répétition de ces brimades, permet d'accéder au terrible sentiment d'une banalité de cette violence. Les micros-gestes et répliques agressives se prolongent jusqu'à – évidemment – l'éclatement final, fortement impressionnant. En cela, Night Flight n'est pas dénué d'une énergie qui impressionne autant qu'elle terrifie, redistribuant les cartes, non pas du tabou de l'homosexualité, mais bien plus des conflits discriminatoires dans le monde adolescent sud-coréen.

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    NON FICTION DIARY – Yoon-suk Jung

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    Documentaire angoissant, Non Fiction Diary offre un aperçu sur les deux événements ayant bouleversé l'année 1994 en Corée du Sud. Par la confrontation de la découverte d'un groupe de meurtriers en série avec l'effondrement d'un célèbre bâtiment commercial, le film propose une réflexion pertinente et terrifiante sur la criminalité. Très dense car réunissant à la fois images d'archives, images actuelles, témoignages d'époque et témoignages contemporains, le documentaire de Yoon-suk Jung mélange les actualités et les voix, la chronique de campagne avec le fait divers collectif. Le parallèle est cependant loin d'être absurde : en plus de saisir deux des plus terrifiants événements de cette période, et d'ainsi donner par-là un aperçu sur un contexte spatio-temporel bien précis, il fait jaillir des souvenirs et réflexions nouvelles auprès des personnalités interrogées. Etonnamment, le policier ayant procédé à l'arrestation du clan meurtrier confie avoir assisté à l'effondrement de près, prenant par hasard un café juste en face du bâtiment commercial.

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    Si ce n'est pas la juxtaposition des deux faits divers qui est absurde, ce sont cependant les événements en eux-mêmes qui le sont. Dans les descriptions qui accompagnent chacun surgit l'effrayante tranquillité avec laquelle la violence apparaît. Le policier décrit ainsi la discrétion du son entendu avant le constat de l'effondrement, un léger sifflement qui l'a amené à tourner la tête pour voir ce qui se passait. L'effroi passe par l'inattendu de la violence, et l'absurdité même de la situation : les images de destruction, oscillant entre la façade et l'entrée, intactes, du bâtiment, et son arrière entièrement écrasé et fracassé, terrifient. Le film interroge ensuite, et avec pertinence, la question de la responsabilité politique dans le cadre de la catastrophe. Le crime à grande échelle ne connaît en effet pas le même destin judiciaire que celui commis par des criminels identifiés. Le parallèle entre les événements, l'urbain et le rural, fait saisir les disproportions de jugement entre les deux.

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    La tragédie urbaine se lie, au montage, par des effets de fondus, de bandes sonores chevauchées, à celle rurale. La révélation des crimes subit ce même contraste présent dans la ville, à savoir la disproportion entre une façade tranquille et un désastre dissimulé. Non Fiction Diary rejoint en ce sens beaucoup d'oeuvres de fiction faisant jaillir la même contradiction. Des films tels que Memories of Murder (Bong Joon-ho, 2003) ou Secret Sunshine (Lee Chang-dong, 2007) tirent leurs atmosphères d'une certaine réalité rurale, celle illuminée par le soleil et les champs dorés, dans lesquels sont tapis les meurtriers. En outre, l'écart est ahurissant entre l'atrocité et la fascination développée face aux criminels. Le tapage médiatique autour de ce crime fait l'objet de la seconde partie du film, montrant à travers de nombreuses archives l'obsession morbide du public de l'époque, intéressé par tous les détails intimes des criminels, et leur besoin de trouver un bouc émissaire à même de soulager l'angoisse de l'année. Mais plus fascinant, le film entretient par son montage l'exact ambiguïté agissant à l'époque dans la considération de l'événement. Entre ces images remontées et les témoignages qui s'entrechoquent surgit en effet cet écart entre l'abondant tapage médiatique et le silence sur la raison des gestes de ces criminels.

     

     

    THE DIVINE MOVE – Beom-gu Cho

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    Le film de clôture du festival, succédant à la remise des prix et les remerciements des différents participants, était un des films à succès de 2014 en Corée du Sud. Réalisé par Beom-gu Cho, ce blockbuster concluait le festival dans le plaisir du bouillonnement du film de casse – car c'est au final, malgré l'intrigue centrée autour du jeu de Go, le genre auquel se réfère le plus le scénario et l'esthétique – tout en témoignant de certaines limites.

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    Au final, ce ne sont pas les quelques poncifs qui pèchent dans The Divine Move, mais bien plus le repli progressif de la bouillonnante action de départ vers une intrigue plus sage, et moins délurée. Avec le motif du jeu de Go il y avait là le moyen de pulvériser la mise en scène de la stratégie et de proposer, à l'image du titre, des performances aussi divinement absurdes autour du simple geste de la pierre sur le plateau. Un manga tel que Hikaru no Go (Yumi Hotta / Takeshi Obata, 2009) l'avait ainsi prouvé, saisissant le jeu comme un lieu de suspense résolument inattendu. Le début de The Divine Move amuse ainsi par le fusionnement entre la pratique du jeu et la pratique du gang : être bon au Go devient vite une tyrannie où tout est permis, et les clubs de Go sont des clubs de débauche et de tricherie. En cela, le film offre un tableau totalement réjouissant dans sa reconversion du fonctionnement du jeu à un système mafieux : tripots enfumés accueillent les trafics les plus divers, les arnaques et les exploitations des vrais génies de Go. En outre, le film propose des idées de mise en scène plutôt réjouissantes, alliant le contexte du film d'action à la logique du jeu. Le séjour en prison se transforme en un affrontement réflexif entre les cellules, tandis que le héros propose à l'un de ses ennemis un combat de Go dans une chambre froide.

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    The Divine Move n'aboutit cependant pas à l'absurdité de ce principe, qui ne surgit que dans ces quelques scènes. Ainsi, les protagonistes secondaires sont cantonnés à des rôles stéréotypés - la jeune femme exploitée et réservée, le dilettante arnaqueur, l'artisan ténébreux et casseur - et le « divine move » promis par le titre, ou encore par l'abondante iconographie religieuse fréquemment convoquée, n'apparaît jamais, cédant le pas à la traditionnelle scène de combat final. Tout le décor – et l'intrigue avec – est détruit et démantelé par les combats, moins réjouissants que ces scènes de Go plus ambitieuses. Probablement le film perd de sa dynamique afin d'ouvrir la porte à la possibilité d'une franchise, sa fin préméditant une suite.

  • Goggles

    GOGGLES – Tetsuya Toyoda

    Un manga publié aux éditions Latitudes, 2012

    Sorti il y a deux ans dans nos librairies françaises, le manga de Tetsuya Toyoda offre des nouvelles dont la limpidité fond sous les yeux et ravive la douceur de la lecture. Claires et aérées, ses pages se parcourent avec légèreté, simplicité, immédiateté.

    Les récits sont tour à tour doux ou amers, ou les deux à la fois. Ainsi, « Goggles » ou « Mr Bojangles » émeuvent tandis que « Slider » et « Nouvelles acquisitions à la bouquinerie Tsukinoya » tiennent plus de la plaisanterie comique. Tetsuya Toyoda manipule merveilleusement les tons, abritant derrière la quotidienneté rurale et maritime des petits accents d'excentricité, de fantastique ou de poésie.

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  • Un Cinéma après Fukushima

    LE CINÉMA APRÈS FUKUSHIMA :

    UN CINÉMA DE PRISE DE CONSCIENCE ?

     

    Table ronde animée par Damien Paccellieri, écrivain, éditeur et auteur de Le cinéma japonais contemporain.

     

    Avec

    Terutarô Osanaï : directeur artistique de Gateway for Directors Japan

    Katsuya Tomita : réalisateur de Saudade (2011)

    Kôji Fukada, réalisateur d'Au revoir l'été (Hotori no sakuko, 2013)

    Jean-François Sabouret, sociologue spécialiste du Japon, auteur de Besoin de Japonet Japon, peuple et civilisation.

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    Saudade (Katsuya Tomita, 2011)

    La table ronde proposée par le Forum des Images à l'occasion du festival Un Etat du monde, réunissait des personnalités très différentes. La diversité des présences a construit non pas une réflexion d'ensemble sur le pays mais une pluralité de regards, et surtout d'expériences personnelles, permettant d'apprécier de sincères et très lucides déclarations sur la catastrophe de Fukushima, et son impact sur le Japon.

    Plutôt qu'une prise de conscience proposée dans le titre, ce sont plutôt des questionnements et des pistes d'interrogations ébauchant les tentatives de compréhension qui ont nourri les échanges. Terutaro Osanai a ainsi pointé dans son portrait du cinéma japonais que très peu de films saisissaient pour l'instant le sujet de Fukushima. Kôji Fukada développa cette idée avec l'exemple de sa première réalisation, Hospitality (2010), qui traitait de Tchernobyl. Une catastrophe nucléaire qui, tel un Fukushima européen des années 1980, a été suivi d'un mutisme similaire. Une telle timidité pourrait provenir de ce que Katsuya Tomita a évoqué à travers son regard sur le film Campaign 2 (Senkyo 2, Kazuhiro Sôda, 2013, aussi projeté dans le cadre du festival), à savoir le tabou que constitue l'accident dans la société actuelle. Le réalisateur a révélé combien le sentiment de déni s'est installé malgré les mouvements anti-nucléaires comme Sayonara Genpatsu.

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    Senkyo 2 (Kazuhiro Sôda, 2013)

     

    L'intervention historique et sociologique de Jean-François Sabouret, éclairante et pertinente, a repensé la catastrophe dans le cadre de la mythologie ancienne du Japon. Porté par des images de vécu sur le dos d'un gros poisson instable, le peuple japonais a toujours connu la précarité de son territoire et l'obsession constante de sa possible disparition. Sabouret a raconté cependant que Fukushima avait introduit un élément nouveau, une forme de fracture et une souffrance autres qui sont pour l'instant occultés par les politiques et les médias. À cet égard, le terrifiant et impressionnant film d'animation projeté sur le sujet, 663114, saisissait cette rupture par l'image de l'insecte bouleversé dans sa mutation, mais conduisant innocemment son quotidien malgré les changements. Ce thème de la rupture a en outre été développé sur la question des femmes, très actives dans les mouvements anti-nucléaire, ou sur la bulle économique des années 1980.

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    663114 (Isamu Hirabayashi, 2011)

    La conférence révélait combien les interrogations sur le pays après Fukushima apparaissaient avant tout dans le cinéma indépendant ou dans une production marginale. Terutaro Osanai a ainsi expliqué le contexte du cinéma indépendant au Japon, totalement en rupture, à la fois structurelle, financière ou de fond, avec la production industrielle. S'il s'appuie certes sur un réseau de salles art et essai comme en France, ce réseau est fragilisé depuis quelques années, et peine à franchir les frontières. L'exposé de Terutarô Osanai a par ailleurs révélé beaucoup de ressemblances entre le cinéma japonais et le cinéma français : même réseau d'art et essai pour les films indépendants, même dépendance au financement des grandes chaînes de télévision pour les films à grand budget, même persistance d'un cinéma national sur les écrans face au cinéma américain... Cependant, le cinéma japonais ne connaît pas un système d'aides et de financement aussi complexe et dense que celui du CNC.

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    Au revoir l'été (Kôji Fukada, 2013)

     

    Les témoignages de Katsuya Tomita et de Kôji Fukada se sont révélés extrêmement éclairants sur le même sujet, et les deux cinéastes ont fait part d'une vraie générosité à raconter la construction de leurs films, leur travail pour en réunir le budget ou les équipes. Ils ont de plus évoqué leur propre confrontation à Fukushima et les réactions diverses observées. Katsuya Tomita raconta ainsi s'est rendu directement sur les lieux après la catastrophe, prêt à prendre des images mais ayant finalement abandonné sa caméra face au choc.

    La fin de la rencontre témoignait d'un véritable engagement de la part des intervenants présents. Non seulement elle souleva de lourdes questions sur l'exploitation des travailleurs sur les lieux de la catastrophe, ou sur l'isolement des familles touchées par le drame, mais se lia à nos propres problématiques nationales, voire internationales.

     

    Lien vers le site de l'événement

    http://forumdesimages.fr/les-rencontres/toutes-les-rencontres/table-ronde-le-japon-apres-fukushima

     

    Lien vers le site de Isamu Hirabayashi, réalisateur du film 663114

    http://www.hirabayashiisamu.com/shortfilm/663114.html

    http://c-a-r-t-e-blanche.com/films/