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  • Critique de Hospitalité

    Un Jeu de combinaisons

    HOSPITALITÉ (KANTAI 歓待, 2010) – Kôji Fukada

    Les films de Kôji Fukada s'éclairent les uns les autres comme ces autres filmographies kaléidoscopiques – celles d'Éric Rohmer, influence majeure sur Au Revoir l'été, d'Hong Sang-soo dans cette même filiation, ou encore de Yasujirô Ozu. Hospitalité, l'un des premiers longs-métrages de Fukada, sort en France plus de dix ans après sa réalisation. Dans le calendrier des sorties, il succède à d'autres œuvres réalisées après-coup, et au succès justifié, d'Au Revoir l'été au Soupir des Vagues, en passant par Harmonium, Sayonara ou L'Infirmière. Hospitalité complète cette filmographie plus qu'il ne l'innove car il doit son intérêt au geste rétrospectif qu'il engage, réaffirmant des motifs narratifs et esthétiques déjà éprouvés.

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  • Critique de Lucky Strike

    La mécanique du sac

    LUCKY STRIKE (지푸라기라도 잡고 싶은 짐승들, 2019) - Yong-hoon KIM

    Le succès de Parasite a peut-être entraîné une perception biaisée sur le cinéma sud-coréen. Succédant à la Palme d'or dans le calendrier des sorties en France, Lucky Strike a en effet reçu les félicitations du premier film « prometteur », le partenariat de France Culture et une relative bonne visibilité au lendemain de la réouverture des cinémas durant l'été 2020. Pour autant, le film déçoit les attentes et sa qualité tient pour beaucoup au casting et à l'équipe technique.

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  • Critique de Petite Maman

    PETITE MAMAN (2021) – Céline Sciamma

     

    D'où vient l'ennui délicat, comme flottant sur le lac, qui me saisit à la vision du cinquième long-métrage de Céline Sciamma ? Dans cette découverte pas à pas du deuil chez une enfant, la simplicité patiente du film, dont chaque plan semble faire sens et où chaque frétillement de lumière simule la recherche personnelle, aurait pu mener au jaillissement de l'émotion. Mais celle-ci, trop contenue, trop prudemment contournée, parfois escamotée, nous place en-dehors de son secret forestier.

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  • Bilan de l'année 2020

    LES ŒUVRES ASIATIQUES DE 2020

    Longs métrages, courts métrages et séries

    Pour cette année qui nous a chamboulés, qui a vu les salles se fermer et les écrans d'intérieur s'illuminer, pas de traditionnel top. Ni l'envie ni l'intérêt ne furent présents pour s'engager à comparer, classer, hiérarchiser. Les années précédentes, j'élaborais toujours mon top avec un grand plaisir, aimant replonger dans mes souvenirs des salles obscures et me remémorer les expériences cinématographiques. Cette fois-ci, l'ombre et les lumières n'ont pas dansé, les voisins de rangées ont été absents, et les réels souvenirs de cinéma n'existent que faiblement dans ma mémoire. Je ne voyais pas d'intérêt à raviver ces bribes qui me rendent amère plus qu'enthousiaste.

    Pourtant, je tenais à partager la découverte de certaines œuvres, la plupart vues en intérieur, dans un usuel bilan annuel. A la place du top figure donc un abécédaire de séries, films et courts-métrages asiatiques qui ont émerveillé le regard, fait crépiter le cerveau ou apporté un fin plaisir entre les instants difficiles.

    Une liste donc, dans l'ordre alphabétique et laissée au bon jugement de mes quelques lecteurs.

    Belle et heureuse année 2021 à toutes et à tous. Qu'elle nous permette de revenir en douceur vers nos habitudes cinéphiles et nous apporte émotion et réflexion.

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  • La douceur de nos champs de bataille

    D'outre-tombe

    La douceur de nos champs de bataille / Where Reasons End (2019, tr. Clément Baude) Yiyun LI

    Un millier d'années de bonnes prières (A Thousand Years of Good Prayers, 2007) Wayne WANG

    Avec ce très bel essai, la romancière d'origine chinoise initie un dialogue avec son fils récemment décédé. Berçant le volume, les échanges doux-amers construits au fil des chapitres taisent l'audace dans cette communication d'outre-tombe. Le pont imaginaire dressé par l'écrivaine n'est pas là pour trouver une justification au geste de l'adolescent, qui s'est suicidé, mais bien plus pour faire persister son existence, ou du moins l'existence de sa mémoire.

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  • Pink and Gray

    Jeux de rôles

     

    PINK AND GRAY (ピンクとグレー, 2015) – Isao YUKISADA

    Inédit en France, Pink and Gray adapte le roman éponyme de la pop idol Shigeaki Katô, qui s'inspire de l'univers médiatique dans lequel il évolue pour son histoire. Débutant de manière classique à la manière d'un seishun eiga (青春映画 - littéralement film sur la jeunesse, mais aussi film initiatique), le film suit l'évolution contrastée de deux amis d'enfance, de l'invisibilité vers la gloire. Le drame à l'ouverture – le suicide de la star Rengo, imposé sans ménagement à l'écran – cache bien plus que ces premiers éléments de scénario.

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  • L'Infirmière

    Un puzzle de couleurs comme chez Mondrian

     

    L'INFIRMIERE (よこがお YOKOGAO) – Kôji FUKADA

    Au milieu du film, l'infirmière admire les Tournesols mourants de Mondrian au musée, puis discute de ce plaisir esthétique avec la cible de sa vengeance. Le mouvement de décrépitude, de fusion comme de renaissance compris dans ce premier tableau fait écho à l'itinéraire du personnage principal : une femme indépendante professionnellement et proche de l'accomplissement personnel, dont le destin est soudainement bouleversé par une rencontre infortunée (et aux conséquences mystérieuses).

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  • 23 novembre 2019

    #NOUSTOUTES

    23 Novembre 2019

     

    N'étant pas en France, je ne peux que suivre de loin la marche #NousToutes qui aura lieu aujourd'hui dans mon pays d'origine. Mais évidemment je la soutiens et j'admire le travail de celles et ceux qui dénoncent les violences contre les femmes depuis tant d'années.

     

    Je ne peux parler au nom de tous les sujets mais je souhaite au moins me positionner par rapport à la cinéphilie, qui définit mon quotidien et mon travail. Maintes fois, dans des échanges sur des films, ce fameux « séparer l'homme de l'artiste » est tombé, véritable clôture imposant la fin de toute discussion. Je pense que même ceux usant de cette réplique ne se rendaient pas compte de la gravité de cet argument qui pardonne tout, conclut tout.

    Je ne sépare pas l'homme de l'artiste et j'ai décidé récemment que je ne verrai pas le film de Roman Polanski. Tout d'abord par respect et soutien aux victimes qui se manifestent dernièrement. Je pense que défendre le film et son réalisateur, de même que s'y intéresser excessivement en ce moment, ne peut que causer plus de souffrance.

    Ensuite parce que j'en ai assez de cette excuse. Un cinéphile n'est-il pas un être humain ? Aimer un film c'est confirmer sa sensibilité, sa capacité aux émotions, la présence de valeurs en nous ; ces éléments jaillissent face à un personnage, un plan, un décor, une coupe au montage, un effet sonore... et donnent peu à peu un sens à notre cinéphilie.

    Pourquoi donc valoriser l'émotion d'un film en regard de celle ressentie face à la société ? Nous ne serions capables d'humanité qu'en face du grand écran ? Ou alors les sentiments dans la salle n'auraient rien à voir avec ceux de l'extérieur ? Bien au contraire, le chemin du cinéphile, comme du passionné de musique ou de théâtre, existe parce qu'il croise celui, plus vaste, de notre personnalité entière. C'est cette circulation, entre les films, leur contenu et notre réalité, qui enrichissent le cinéphile que nous devenons.

    Dire qu'il faut séparer l'artiste de l'homme revient à nier cette circulation, à considérer la parfaite imperméabilité d'un métier ou d'une œuvre. A l'image du cinéphile, le cinéma est une entité complexe, le réceptacle de regards mêlés, de personnalités qui se sont croisées, d'idées qui se sont confrontées. Dans ce fameux argument réside la totale négation de cette dimension, et donc, des souffrances qui y peuvent y apparaître.

     

    Le récent retour sans appel des violences contre les femmes dans le cinéma (et ailleurs...) passe aussi par les spectateurs et les spectatrices, et notre propre remise en question, l'acceptation de cette porosité, et surtout du droit de suivre ses sentiments et de refuser de voir un film. Chacun peut décider des œuvres qu'il souhaite défendre, mais ne peut le faire sans être conscient des réalités qui enrobent la création d'une œuvre.

    Il n'y a pas de séparation entre les artistes et les hommes, il n'y a qu'une succession d'étapes et un glissement vers le résultat final sur écran. Il n'y a pas de séparation entre le cinéphile et l'humain, mais la complexe circulation de valeurs et d'émotions personnelles.

     

     

    A lire : l'article d'Iris Brey sur cette séparation « impossible » : https://www.mediapart.fr/journal/france/131119/polanski-l-impossible-separation-entre-l-homme-et-l-artiste

    L'enquête de Marine Turchi sur les violences sexistes dans le cinéma : https://www.mediapart.fr/journal/france/031119/dans-le-cinema-des-violences-sexuelles-systémiques

  • Katsuben !

    L'homme devant l'écran

     

    Katsuben ! (かつべん, 2019) - Masayuki Suo

    Projeté en avant-première au Kyôto Historica Film Festival, actuellement dans la programmation du Kinotayo Festival en France, Katsuben ! propose de revisiter l'histoire du film muet à travers la figure emblématique du benshi, mais aussi sous le ton dominant de la comédie. Cette association donne au film sa singularité et son dynamisme, mais n'échappe à quelques poncifs dominants dans le cinéma japonais commercial actuel.

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  • Shinjitsu / La Vérité

    Sorcières de mère en fille

    La Vérité (Shinjitsu 真実 , 2019) - Hirokazu Koreeda

     

    En situant l'action de son nouveau film dans le pays du cinéma, Hirokazu Koreeda s'essaye pour la première fois à l'expérience internationale . La proposition faisait peur sur le papier, risque d'un énième rapport faussé à une culture incomprise, à une langue non maîtrisée. Pourtant, La Vérité trouve un équilibre par la justesse des interprétations comme l'entretien des valeurs usuelles et chères à son cinéma. Mais l'approche de la France témoigne aussi des limites dans la construction d'un film dans le film sans grande personnalité.

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