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Animation - Page 3

  • Critique de Your Name

    Une mémoire réconfortante

     

    YOUR NAME (KIMI NO NA WA) - Makoto Shinkai

    La nouvelle réalisation de Makoto Shinkai est réussie, l’animation est maintenant complète et fidèle au souhait du cinéaste, l’équilibre entre les différents genres est élégant, le récit fort en idées. Cependant, Your Name reste très loin des éclats peut-être plus ambitieux, et assurément plus intenses, de son précédent film Le Jardin des mots, jamais sorti en salles françaises. Le ton y était plus personnel, les choix de réalisation plus audacieux et affirmés, et l’ensemble, hormis un final qui ne m’avait guère emballée, sublime. Avec Your Name, Shinkai reste fidèle à lui-même, conclut même une boucle en renvoyant à son premier long La Tour au-delà des nuages. Rien d’étonnant à ce que surgissent une prédominance du ciel, une symbolique de la destinée, un romantisme des rencontres hasardeuses, une science-fiction de l’intime... Mais après ? Le Jardin des mots semblait dessiner une route nouvelle, plus versée dans la discrétion, moins dans l’épique et le monumental. Or Your Name contraste avec cette délicatesse du précédent, ramène de gros sabots tantôt efficaces, tantôt lourds de sens.

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  • Michiru Oshima

    MICHIRU OSHIMA

    Une réflexion sur la compositrice japonaise à travers les partitions écrites pour Zetsuen no Tempest et Nabari no Ou

    Talentueuse, mais néanmoins méconnue, compositrice dans le milieu de l'animation japonaise, Michiro Oshima porte un sens musical proche à la fois de Joe Hisaishi et de Yuki Kajiura. Son orchestration symphonique lorgnant vers des effets intimistes, capables de scander les scènes d'action animées les plus virevoltantes, fait ainsi songer au collaborateur fidèle de Miyazaki. En revanche, le sentimentalisme de certaines de ses pièces approche plus le lyrisme éclatant de la fondatrice du groupe FictionJunction.

     

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  • Hana et Alice mènent l'enquête

    L'amitié butine...

     

    HANA ET ALICE MENENT L'ENQUETE (HANA TO ARISU SATSUJIN JIKEN) – Shunji Iwai

    Remake d'un de ses précédents films, Hana et Alice se révèle une curieuse expérience animée. Les imperfections sont nombreuses, le film n'affirme clairement pas le regard d'un cinéaste d'animation en herbe, et préfère expérimenter ponctuellement, mais timidement, avec ce nouveau medium. Pour autant, la naïveté à user des techniques en fonde presque le charme. La légèreté du style animé et la simplicité, presque grossière, suffisent pour accompagner cette petite aventure enfantine sur le thème de l'amitié.

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  • Colloque Goldorak

    COLLOQUE GOLDORAK – 40 ANS APRÈS

    Deux journées d'étude consacrées à la série développée par la Toei les 18 et 19 mars 2016

     

    C'est dans une ambiance bon enfant que Sarah Hatchuel et Marie Pruvost-Delaspre ont inauguré les journées d'étude consacrées au célèbre Goldorak (UFO Grendizer pour son titre original). Bon enfant car une bonne partie des intervenants de ce colloque de deux jours avaient d'abord été des spectateurs enfants de cette série animée par le studio de la Toei dans les années 1980. La ferveur de la nostalgie et le plaisir de la madeleine ont ainsi bercé les études, révélant soit l'attendrissement, soit l'amusement des uns et des autres dans cet exercice de saisie et d'analyse des émotions d'enfance. Mais certaines interventions, non traversées de cette remémoration, ont aussi apporté des interprétations originales, en marge d'un mouvement de défense de l'intérêt de la série.

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  • Le Garçon et la bête

    Bête de substitution

     

    LE GARÇON ET LA BETE (BAKEMONO NO KO) – Mamoru Hosoda

     

    Le Garçon et la Bête part malheureusement d'un handicap, celui-là même qui ternissait Ame et Yuki : l'évidente inspiration trouvée chez Ghibli pour les premiers pas de son récit, forçant le parallèle. L'idée première du nouveau film d'Hosoda renvoie directement au Voyage de Chihiro, par sa logique d'un jeune héros fragile propulsé dans un monde plus monstrueux, glissé en marge des ruelles sombres. Fort heureusement, la comparaison se limite rapidement à ces quelques motifs, puisque Le Garçon et la Bête rejoint une fantaisie burlesque plus proche de celle déployée sur Summer Wars. Le film, tout en peaufinant les thèmes et les jeux esthétiques chers à Hosoda, indique néanmoins une certaine vanité de son cinéma : la simplification extrême de son propos et de ses émotions dirige l'apparente ambition du projet vers un film d'animation finalement très limité.

     

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  • The Satellite Girl and Milk Cow

    Séoul, ville des satellites et des vaches à lait

     

    THE SATELLITE GIRL AND MILK COW (WOORIBYEOL ILHOWA EOLRUKSO, 2014) – Hyung-yun Chang

     

    Film découvert au Cycle Séoul Hypnotique au Forum des Images et dans le cadre de la 14ème Fête du Cinéma d'animation

     

    Il y a toujours un plaisir à se rendre au Forum des Images, y compris pour y découvrir des films qui ne nous plaisent pas. L'audace des programmations du Forum est de miser sur la diversité, non seulement des publics et des genres, mais aussi des tons, loin de l'élitisme et plus proche du populaire. Je n'ai ainsi pas apprécié The Satellite Girl and The Milk Cow, choisi pour la première partie de soirée consacrée à l'animation sud-coréenne, mais j'en ai apprécié la découverte. Malgré sa fantaisie délurée et un scénario misant sur un absurde réjouissant de prime abord, le film demeure très vite lié par son animation – qui pour le coup ne lui permet pas de franchir les limites.

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  • Souvenirs de Marnie

    Un parfum d'enfance...

     

    SOUVENIRS DE MARNIE (OMOIDE NO MÂNÎ) – Hiromasa Yonebayashi

    Après Arrietty et le petit monde des chapardeurs (Karigurashi no Arrietty, 2010), Hiromasa Yonebayashi continue son exploration intime et atmosphérique des rencontres impossibles. Force est de constater qu'à l'inverse de son collègue Goro Miyazaki, qui a signé deux longs-métrages aux partis pris narratifs et esthétiques extrêmement différents, Yonebayashi, un des fidèles assistants d'Hayao Miyazaki, prolonge avec Souvenirs de Marnie son style minimaliste. La discrétion du ton et l'épique renversé à l'échelle de quelques jours d'été le rapprochent cependant plus de Yoshifumi Kondo que du maître Miyazaki. Souvenirs de Marnie a la poésie douce et les emballements nostalgiques de Si tu tends l'oreille (Mimi wo sumaseba, 1995).

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  • FFCP 2014 - 2

    9ÈME ÉDITION DU FESTIVAL DU FFCP – FILM CORÉEN DE PARIS

    3 films d'animation au FFCP

    JOHNNY EXPRESS -Kyungmin Woo

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    Prix du Meilleur Scénario, Johnny Express est un hilarant, car très habile, court-métrage d'animation. En quelques minutes, le film de Kyungmin Woo propose un burlesque et irrésistible humour, où le flegme d'un livreur du cosmos vient provoquer l'apocalypse sur une planète. Le montage joue habilement des codes du film catastrophe, et en amplifie la charge comique et grotesque par le contraste avec ce livreur paresseux et naïf. L'animation 3D rend très bien compte des contrastes de genre et de tons, multipliant les mini-gags visuels à l'intérieur des plans. Un court-métrage direct, efficace et intelligent, qui prouve plus que la cruauté burlesque de son scénario.

     

    PEST – Orom Park et Younghyun Yoo

    Très perturbant, ce court-métrage utilise l'animation comme un moyen de rompre avec ses apparences graphiques. Ainsi, la douceur simple du plan d'ouverture, qui révèle un salon propret où se lit tranquillement un vieux monsieur à lunettes, silhouette au tracé paisible, devient le cadre d'une violence froide et sans pitié. De la même manière, le visage comique et ballonné des deux policiers venus inspecter la maison, fera grincer des dents lors de leur fracas surréaliste contre le sol. Les différences de proportions sont énormes entre les actes effectués et la violence déchaînée, et entre le style employé et l'action perpétrée par ces personnages. Le basculement du cadre lisse et propre a quelque chose du malaise d'Haneke dans ce troublant Pest.

     

    THE FAKE – Sang-ho Yeon

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    The Fake est le second long-métrage de Sang-ho Yeon après The King of Pigs (2011), devant sortir logiquement sur nos écrans français en 2015 (je ne détaillerai pas ici le gouffre en ce concerne la distribution, hélas bien pauvre, des films d'animation d'origine coréenne).

    Assez curieusement le film pêchait dans son animation, peu novatrice, volontiers réaliste et simple dans ses choix de composition du cadre, de montage et de traitement sonore et visuel. Dès lors, The Fake surprend et ébranle par la texture riche de son scénario, mais déçoit par la platitude du traitement graphique. Au final, c'est bien plus l'écriture du film qui soutient la charge politique, plutôt que l'animation, à la présence alors peu justifiée.

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    The Fake interroge l'impact de la religion au sein d'une zone rurale à travers le récit d'une escroquerie. La scène d'ouverture est saisissante où une jeune curé, après avoir subi les conseils autant que les discours menaçants d'une poignée de mafieux, pénètre dans l'église moderne. S'y jouent, succédant à ces échanges quasi-scorsesiens, les impressionnantes prières de campagnards en larmes, se frappant contre le sol ou prêchant le ciel avec torpeur. Le regard cinglant porté sur la folie de la croyance, dans tout ce qu'elle a d'excessif et d'exclusif, n'est pas sans rappeler celui de Lee Chang-dong dans Secret Sunshine (2007). Le film ausculte en effet, à travers une galerie de personnages, l'atmosphère si particulière d'une communauté rurale, repliée sur la valorisation à la fois de l'esprit de groupe et de règles d'exclusion. La marginalisation devient un lent processus fondé sur les rumeurs, les sous-entendus et les regards méfiants, les jeux de manipulation. À ce niveau, si la corruption provient dès le départ des faux miracles religieux, la suite du film révèle peu à peu cette contamination du faux et de l'apparence sur toutes les cellules de la communauté.

    fake-retour.jpg Le scénario s'attache à la figure controversée de Min-Chul, le père de famille qui revient dans son village et s'aperçoit de l'escroquerie. Ironie du sort, à la manière du protagoniste de The Chaser (Hong-jin Na, 2008), ce personnage détenant la vérité se révèle également irrécupérable. Cependant, loin de construire un itinéraire rehaussant la moralité de ses protagonistes, le film en renverse souvent les figures les plus optimistes, tel le jeune prêtre. En cela, The Fake est gagné par un désespoir parfois difficile à encourager.

    L'animation de Sang-ho Yeon tient sa singularité surtout au niveau des teintes de ses plans. Les couleurs et les décors, très réalistes, sont baignés dans cette froideur boueuse que seule le rouge du monastère vient quelque peu contrebalancer. Au vu de la tournure du scénario, de la violence déchaînée et de l'audace de la critique portée à la religion et à la corruption, l'animation de ce film devient non pas un outil de création mais un intermédiaire de transmission d'un propos engagé. Elle permet d'incarner une violence considérée comme invisible et de révéler derrière toutes les escroqueries, tous les trafics possibles, leur froide réalité.

  • Colloque Full or Limited ?

    COLLOQUE FULL OR LIMITED ?

    LA QUALITÉ DE L'ANIMATION À LA TÉLÉVISION,

    ENTRE ÉCONOMIE ET ESTHÉTIQUE

     

    Colloque international du 6 au 7 novembre 2014

    www.animtv.fr

    En novembre dernier eut lieu un colloque inédit sur la question de l'animation limitée. Ce colloque de deux jours interrogea non seulement le travail esthétique de l'animation à travers cette notion de « limite », mais il fut aussi marqué par un caractère international. Les interventions ont porté sur des productions d'origines diverses, comme du Japon et de la France, auxquels deux après-midis furent consacrés, ainsi que sur le cartoon ou le stop-motion américains, l'animation allemande, britannique et autrichienne.

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  • Budori, l'étrange voyage

    Alice entre les saisons

    BUDORI, L'ÉTRANGE VOYAGE (GUSKÔ BUDORI NO DENKI) – Gisaburo Sugii

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    Adapté d'une nouvelle de Kenji Miyazawa, Budori est le récit initiatique d'un jeune personnage, entrecoupé de ses étranges visions dans un univers métaphorique. Habilement, le film de Gisaburo Sugii brasse, durant son voyage, divers tons, du fantastique onirique à un réalisme assez poignant.

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    Si Gisaburo Sugii emprunte l'imaginaire animalier dans ce récit, c'est, d'une part pour prolonger un style déjà engagé sur son adaptation de Train de Nuit dans la Voie Lactée, d'autre part pour aborder avec facilité le développement rude des événements. La qualité anthropomorphique de ces chats très attachants n'est pas sans rappeler l'aisance du Royaume des Chats dans cette représentation animée de ces animaux marchant maintenant sur deux pattes, habillés en costumes du temps présent, prêts à partager le quotidien familial. Ainsi, le tableau d'ouverture installe la vie paisible des parents et de la petite sœur de Budori, mais également sa tragédie. La disparition des parents tient à un métaphorique que l'utilisation des chats permet de faciliter. Avec finesse, Budori aborde ainsi l'idée de la mort, et parvient à signaler son caractère terrifiant. L'animation passe de la douceur et convivialité à un expressionnisme troublant de la nature. La maison isolée de la famille, auparavant perçue comme un havre de paix printanier, devient peu à peu une bicoque bancale sous le poids du vent et de la neige.

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    Les saisons rythment cette odyssée. Au-delà de la tendance fantastique, le film vaut surtout le détour par son traitement de ces saisons et des cycles de la vie, un thème cher au studio Ghibli (dans Le Conte de la Princesse Kaguya ou dans Les Contes de Terremer), mais qui gagne ici une véritable importance. La première partie est, sur ce point, édifiante, où tout le récit vient s'incarner dans l'évolution de la forêt et des cultures. Plus loin encore, c'est bel et bien ce changement de saisons et son clivage progressif qui engendre le fantastique réel du film. Le dérèglement climatique, lui-même surréaliste dans son principe, provoque aussi le dérèglement de l'image et du rythme. Les campagnes ou forêts auparavant très réalistes deviennent appauvries ou foisonnantes à excès, les rizières se font polluer par du pétrole et les volcans s'éveillent. Progressivement, l'animation de Gisaburo Sugii et du studio Tezuka Production se colore, prend des chemins plus audacieux, propose des décors plus sauvages ou éclectiques, en phase avec ce décollage de la dimension surréelle.

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    L'univers fantastique que développe parallèlement le film au voyage de son personnage parmi les campagnes s'affiche définitivement comme le monde merveilleux d'Alice. S'y retrouvent l'absurdité de Lewis Carroll, le déguisement derrière la loufoquerie des angoisses du jeune garçon, comme le travail forcé et à la chaîne, la monstruosité, la condamnation à mort... Paradoxalement, ces plongées dans l'univers sombre qui travaille l'esprit de Budori ont droit à un traitement particulièrement flamboyant. L'apparition du chat capé s'introduit de manière sublime dans le film, par des envolées lyriques et de fulgurants éclairs bleutés. Les scènes dans cet univers parallèle sont d'une telle beauté effrayante que se regrette vite leur disparition progressive au cours du film. Mais, comme pour Alice, elles ne sont que des songes éphémères, jamais capables d'accéder à un niveau de réalité supérieur.

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    Si le titre français a axé sa traduction sur le rapport à Alice (« l'étrange voyage »...), le titre original concentre bel et bien son action sur l'existence du personnage. En cela, l'atonie et la mollesse du jeune chat déconcerte un petit peu. Bien souvent, il se laisse guidé, mené par les événements sans véritablement y imposer son caractère ou sa présence. Les personnages secondaires pétillent de drôlerie tandis que le jeune Budori paraît, injustement et de manière décevante, constant dans ses actions, porté par la même naïveté nonchalante qui le laisse bien souvent pantois et figé face aux décors qui se déploient face à lui. Cette passivité demeure quelque peu frustrante au vu de l'évolution que prend le film et sa dimension humaine, où Budori arrive à la capitale, commence à travailler et à partager avec ses professeurs et collègues. Mais elle n'empêche pas l'émotion de jaillir sur ce qui se conclue par une belle leçon de vie.