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  • Goggles

    GOGGLES – Tetsuya Toyoda

    Un manga publié aux éditions Latitudes, 2012

    Sorti il y a deux ans dans nos librairies françaises, le manga de Tetsuya Toyoda offre des nouvelles dont la limpidité fond sous les yeux et ravive la douceur de la lecture. Claires et aérées, ses pages se parcourent avec légèreté, simplicité, immédiateté.

    Les récits sont tour à tour doux ou amers, ou les deux à la fois. Ainsi, « Goggles » ou « Mr Bojangles » émeuvent tandis que « Slider » et « Nouvelles acquisitions à la bouquinerie Tsukinoya » tiennent plus de la plaisanterie comique. Tetsuya Toyoda manipule merveilleusement les tons, abritant derrière la quotidienneté rurale et maritime des petits accents d'excentricité, de fantastique ou de poésie.

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  • Un Cinéma après Fukushima

    LE CINÉMA APRÈS FUKUSHIMA :

    UN CINÉMA DE PRISE DE CONSCIENCE ?

     

    Table ronde animée par Damien Paccellieri, écrivain, éditeur et auteur de Le cinéma japonais contemporain.

     

    Avec

    Terutarô Osanaï : directeur artistique de Gateway for Directors Japan

    Katsuya Tomita : réalisateur de Saudade (2011)

    Kôji Fukada, réalisateur d'Au revoir l'été (Hotori no sakuko, 2013)

    Jean-François Sabouret, sociologue spécialiste du Japon, auteur de Besoin de Japonet Japon, peuple et civilisation.

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    Saudade (Katsuya Tomita, 2011)

    La table ronde proposée par le Forum des Images à l'occasion du festival Un Etat du monde, réunissait des personnalités très différentes. La diversité des présences a construit non pas une réflexion d'ensemble sur le pays mais une pluralité de regards, et surtout d'expériences personnelles, permettant d'apprécier de sincères et très lucides déclarations sur la catastrophe de Fukushima, et son impact sur le Japon.

    Plutôt qu'une prise de conscience proposée dans le titre, ce sont plutôt des questionnements et des pistes d'interrogations ébauchant les tentatives de compréhension qui ont nourri les échanges. Terutaro Osanai a ainsi pointé dans son portrait du cinéma japonais que très peu de films saisissaient pour l'instant le sujet de Fukushima. Kôji Fukada développa cette idée avec l'exemple de sa première réalisation, Hospitality (2010), qui traitait de Tchernobyl. Une catastrophe nucléaire qui, tel un Fukushima européen des années 1980, a été suivi d'un mutisme similaire. Une telle timidité pourrait provenir de ce que Katsuya Tomita a évoqué à travers son regard sur le film Campaign 2 (Senkyo 2, Kazuhiro Sôda, 2013, aussi projeté dans le cadre du festival), à savoir le tabou que constitue l'accident dans la société actuelle. Le réalisateur a révélé combien le sentiment de déni s'est installé malgré les mouvements anti-nucléaires comme Sayonara Genpatsu.

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    Senkyo 2 (Kazuhiro Sôda, 2013)

     

    L'intervention historique et sociologique de Jean-François Sabouret, éclairante et pertinente, a repensé la catastrophe dans le cadre de la mythologie ancienne du Japon. Porté par des images de vécu sur le dos d'un gros poisson instable, le peuple japonais a toujours connu la précarité de son territoire et l'obsession constante de sa possible disparition. Sabouret a raconté cependant que Fukushima avait introduit un élément nouveau, une forme de fracture et une souffrance autres qui sont pour l'instant occultés par les politiques et les médias. À cet égard, le terrifiant et impressionnant film d'animation projeté sur le sujet, 663114, saisissait cette rupture par l'image de l'insecte bouleversé dans sa mutation, mais conduisant innocemment son quotidien malgré les changements. Ce thème de la rupture a en outre été développé sur la question des femmes, très actives dans les mouvements anti-nucléaire, ou sur la bulle économique des années 1980.

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    663114 (Isamu Hirabayashi, 2011)

    La conférence révélait combien les interrogations sur le pays après Fukushima apparaissaient avant tout dans le cinéma indépendant ou dans une production marginale. Terutaro Osanai a ainsi expliqué le contexte du cinéma indépendant au Japon, totalement en rupture, à la fois structurelle, financière ou de fond, avec la production industrielle. S'il s'appuie certes sur un réseau de salles art et essai comme en France, ce réseau est fragilisé depuis quelques années, et peine à franchir les frontières. L'exposé de Terutarô Osanai a par ailleurs révélé beaucoup de ressemblances entre le cinéma japonais et le cinéma français : même réseau d'art et essai pour les films indépendants, même dépendance au financement des grandes chaînes de télévision pour les films à grand budget, même persistance d'un cinéma national sur les écrans face au cinéma américain... Cependant, le cinéma japonais ne connaît pas un système d'aides et de financement aussi complexe et dense que celui du CNC.

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    Au revoir l'été (Kôji Fukada, 2013)

     

    Les témoignages de Katsuya Tomita et de Kôji Fukada se sont révélés extrêmement éclairants sur le même sujet, et les deux cinéastes ont fait part d'une vraie générosité à raconter la construction de leurs films, leur travail pour en réunir le budget ou les équipes. Ils ont de plus évoqué leur propre confrontation à Fukushima et les réactions diverses observées. Katsuya Tomita raconta ainsi s'est rendu directement sur les lieux après la catastrophe, prêt à prendre des images mais ayant finalement abandonné sa caméra face au choc.

    La fin de la rencontre témoignait d'un véritable engagement de la part des intervenants présents. Non seulement elle souleva de lourdes questions sur l'exploitation des travailleurs sur les lieux de la catastrophe, ou sur l'isolement des familles touchées par le drame, mais se lia à nos propres problématiques nationales, voire internationales.

     

    Lien vers le site de l'événement

    http://forumdesimages.fr/les-rencontres/toutes-les-rencontres/table-ronde-le-japon-apres-fukushima

     

    Lien vers le site de Isamu Hirabayashi, réalisateur du film 663114

    http://www.hirabayashiisamu.com/shortfilm/663114.html

    http://c-a-r-t-e-blanche.com/films/

  • Le Grondement de la montagne

    Un Visage d'enfant

    LE GRONDEMENT DE LA MONTAGNE (YAMA NO OTO – 1954) – Mikio Naruse

    Programmé à la Maison de la Culture du Japon dans le cadre de son semestre dédié à Yasunari Kawabata, Le Grondement de la montagne, adapté du roman du célèbre écrivain, est, dans sa simplicité, le condensé d'une multitude de conditions troublantes sur le couple ou le fonctionnement familial.

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  • Bonjour

    Les Voisins

    BONJOUR (OHAYO – 1959) – Yasujiro Ozu

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    Beaucoup des films en couleur d'Ozu ont à voir avec le musical. C'était déjà le cas avec Fin d'Automne qui scandait le rythme des arrangements familiaux, des décès et des mariages. Dans Bonjour, la ritournelle est plus « matinale », teintée de la naïveté familiale, des caprices d'enfants et des rumeurs du voisinage. Le film répète et prolonge les gags et les dialogues, dans une délicieuse peinture de ce mouvement de quartier.

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    Quartier, en effet, qui devient le cadre et le fil directeur de la mise en scène d'Ozu. Presque un dramaturge, le cinéaste n'a jamais autant joué de l'architecture comme d'une merveilleuse scénographie accompagnant les allers et venues, soutenant les échanges et les actions. Le cadre fourmille d'encoches, de cadres, de coins cachés, de couloirs à l'écoute des conversations d'adultes ou d'enfants. Là où les détails et la profondeur deviennent graves et sobres dans ses films les plus durs, ils sont ici ludique, délicieusement enfantins.

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    La couleur, pétillante – d'autant plus belle depuis la restauration des films par Carlotta – vient rehausser ces détails qui agissent maintenant comme gags, ou comme annonciateurs des bouleversements de quartier, à la fois amers et risibles. La célèbre bouilloire sifflante, recueillant en creux les confidences ou les soupirs des solitaires, devient ici un éclat cuivré assistant sagement aux échanges des voisins. Le plus amusant demeure dans la ressemblance de ces nombreux appartements : le cinéaste japonais retrouve son obsessionnel sens de la cadence et redondance dans cette structure où les chambres se répondent en miroir. Les cadres offrent à chacun des personnages leur habituelle et usuelle place pour se disputer, bouder, manger ou tout simplement se souhaiter des salutations. Certains gestes deviennent cristallisés dans ce cadre, tel celui, muet, de l'irrésistible cadet refusant de parler aux adultes. La rigidité de la structure construit l'habitude tout comme elle en intègre la résistance.

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    Car, au sein de ce microcosme kaléidoscopique, fondé sur les mêmes couleurs, sur les mêmes motifs tourbillonnants d'une scène à l'autre, s'insinue peu à peu le changement d'époque. Ohayo est un discours sur le changement, mais ce changement invisible, insidieux, celui-là qui se glisse innocemment et progressivement dans nos habitudes. Peu à peu, les relations de voisinage se modifient, les suspicions se déplacent et les hiérarchies se disloquent. Peu à peu, les enfants se font entendre et les télévisions encombrent les couloirs. Peu à peu, les mêmes gags se répètent, mais évoluent, un tout petit peu, et là, le cadre si rigide d'Ozu tremble dans une délicate douceur.

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