Suis-moi je te fuis / Fuis-moi je te suis
Pluto
PLUTO
Naoki Urasawa & Osamu Tezuka

Merci à mon frère pour m'avoir incitée à lire ce manga !
Après 20th Century Boys et Monster, deux séries cultes dans le paysage du manga, Naoki Urasawa signe Pluto, dont le scénario est inspiré par une histoire originale écrite par le grand Osamu Tezuka. L'occasion à la fois de souligner la qualité du travail graphique et scénaristique d'Urasawa, tout en rappelant certains défauts qui se trouvent ici heureusement éliminés par l'encadrement « fantomatique » de Tezuka (son fils ayant cédé les droits de « Astro Boy, l'histoire du robot le plus fort du monde » à Urasawa au cours de l'anniversaire de cette figure mythique qu'est le personnage d'Astro Boy).
En effet, Urasawa choisit à la fois de renouveler l'intrigue en changeant le ton et en approfondissant les personnages, notamment celui de Gesicht, policier robot qui s'avère le fil rouge dans ce thriller robotique, tout en respectant les thèmes chers à Tezuka. Ce policier va enquêter sur une série de meurtres rituels visant à faire disparaître les robots les plus puissants du monde, et ce à travers une mystérieuse mise en scène barbare. On retrouve le talent d'Urasawa pour nous faire partager une intrigue toujours haletante, son découpage simple et son sens du suspense se confirmant dans ce manga. Urasawa a toujours dû son succès à cette habileté dans le rythme de son récit, donnant à chaque chapitre des clés tout en complexifiant sans cesse le problème, et puis captivant le lecteur.

Auparavant, on pouvait aisément abandonner les séries d'Urasawa (20th Century Boys, par exemple) du fait de la multitude de rebondissements, la fatigue prenant le pas sur l'intérêt. Avec Pluto, Urasawa se plie à un scénario qu'il réécrit tout en tendant ses efforts vers le final cernant la solitude d'Astro Boy, le robot le plus puissant au monde, et l'apologie des tensions entre humains et robots. Dans le monde futuriste, le jeune robot-garçon, se nommant Atom, était entouré de ses compères Gesicht, Uran, Epsilon ou MontBlanc. L'univers est partagé entre les robots et les humains, un univers installé très simplement par Urasawa, puisque l'on bascule tout de suite dans le vif de l'enquête autour de l'assassinat de Mont Blanc. Contrairement à Tezuka, il y a peu de fantaisie dans ce monde, les décors étant réalistes et rigoureux et les personnages à visages plus ou moins humains.

Si Urasawa transforme le style de Tezuka en quelque chose de plus adulte et sobre, il reste fidèle à ses thèmes de prédilection et son sens dramatique. Ainsi, la relation robot-humain est au cœur de ce récit, avec la question de la perfection. Les robots les plus forts au monde ne le sont pas par leurs capacités réflexives ou leur sens du calcul et de leur performance, mais plutôt par leur proximité avec les sentiments humains. Gesicht, Epsilon, Atom... Tous sont des personnages romantiques, ne demandant qu'à se rapprocher de la société humaine. Celle-ci les rejettent au contraire, s'en méfient, ne se rendant pas comte que leur comportement finit per déteindre sur ces robots qui finissent par connaître la solitude, la culpabilité et enfin la haine. L'intelligence de la réflexion (inspirée, selon l'analyse de mon frère, d'Asimov) et la profondeur des personnages permettent à Urasawa d'atteindre un point d'orgue avec ce travail. Terriblement et paradoxalement humains, ces robots vivent des sentiments extrêmes et sont nimbés d'un certain charisme : Gesicht, évidemment, le rigoureux et perfectionniste inspecteur hanté par un traumatisme ; le combattant et digne Hercule ; le pacifiste et généreux Epsilon ; et enfin Atom, cet enfant-robot qui saisit un escargot un jour de pluie sans raison valable, geste prouvant sa proximité avec le réflexe humain.

Pluto, tout en étant un thriller haletant et admirablement construit, traite d'une multitude de sentiments et thèmes. On y retrouve les relations entre les robots et les humains, faites de jalousie, de pouvoir, de discrimination et d’ambiguïtés, mais aussi entre les robots et leurs créateurs, tout aussi contrastées. Face à cela, règne entre les robots une certaine solidarité, et ce, quelque soit le rang ou la classification de chacun. Si l'amitié et le soutien peuvent s'instaurer, la destruction peut aussi apparaître. La société, même futuriste, révèle les failles humaines à travers ces personnages de robots qui goûtent peu à peu aux joies de la famille, au deuil de l'ami, à la jouissance du pouvoir, ou à la haine d'autrui.


maladresses dans sa construction dramatique. mais tous deux reflètent le goût de Kitano pour l'absurde, et l'expressivité d'une certaine naïveté, voire neutralité, face aux événements les plus graves. C'est le contraste entre la violence et la mollesse, l'injustice et l'inactivité des victimes qui constituent la poésie des films, et se font le miroir de la pudeur japonaise poussée à son extrême. La plupart des personnages sont des frustrés, des incompris et des délaissés, marginaux par leur inadaptation à une société bardée de tabous et paradoxalement, de transgressions incontrôlables. Dans Kids Return, que ce soient les deux jeunes héros ou leurs victimes, tous gardent la même neutralité, et préfèrent se refermer sur leurs propres soucis plutôt que de s'intéresser à l'autre. Les professeurs se lavent les mains face à la délinquance croissante des deux jeunes gens, les parents sont inexistants, la plupart des autres protagonistes se tiennent à distance ou bien s'en tiennent à leur vie personnelle. Dans L'Eté de Kikujiro, le jeune garçon affiche lui aussi une mine boudeuse, silencieux face à tout ce qui lui tombe dessus, que ce soient les reproches de sa grand-mère, les remarques des adultes, la méchanceté gratuite du personnage de Kitano ou même les incitations pédophiles d'un vagabond.
ces deux films. Ils sont ainsi marqués par un jeu permanent de corps figés, et de visages oscillant entre l'expression excessive ou, à l'inverse, l'indifférence. Figures des yakuzas ou des boxeurs entre le ridicule et la terreur dans Kids Return. Les deux jeunes gens font face à eux, indifférents dans le faciès mais ultra-violents dans leurs gestes, brusques et agressifs. Ils brûlent la nouvelle voiture d'un professeur par provocation à sa vantardise. L'un fait face à un chef yakuza imbu de lui-même, à la composition stylée et desservi par les membres de son groupe. L'autre s'oppose à un ancien champion désabusé et alcoolique. Difficile chez Kitano de dissocier le rire des larmes, ses protagonistes étant aussi alarmants qu'amusants. Ainsi, avec L'Eté de Kikujiro, le cinéaste développe sa capacité d'auto-dérision : le regard buté et la voix rauque s'allient à un clignement d'oeil maniaque et à une gestuelle souvent ridicule et gauche, par exemple dans une scène de démonstration de nage hilarante.
Violence dans les corps, certes, mais aussi une forme de naïveté dans cet ostentation face aux événements. L'Eté de Kikujiro, malgré la noirceur du propos, se découpe en chapitres tous introduits par des dessins d'enfants, donnant ce côté posé d'un album, d'une chronique d'été basculant dans le surréalisme et la poésie, par exemple avec les séquences de rêve sou la brusque échappée récréative de la fin du film. Ceci agit comme une immersion totale dans un imaginaire, afin d'éviter la mélancolie et la violence à l'enfant. Cette violence qui finira cependant par les rattraper, l'ancien yakuza finissant dans une sanglante bagarre.
traduit le trajet désespéré et inutile des deux jeunes gens, qui perdent toutes leurs illusions et leurs chances à travers leurs parcours, ne finissant plus qu'à s'accrocher aux lambeaux de leur amitié, du temps où ils faisaient les 400 coups au lycée. Ce retour à la case départ est symbolisé par ce vélo où ils tiennent à deux, et cette dynamique et répétitive musique de Joe Hisaishi, qui marque dans ce film la première collaboration avec Kitano. L'Eté de Kikujiro, 
