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Master class, conférences et festivals - Page 2

  • FFCP 2014 - 1

    9ÈME ÉDITION DU FESTIVAL DU FFCP – FILM CORÉEN DE PARIS

    du 28 octobre au 4 novembre 2014

    http://www.ffcp-cinema.com/

    C'est la seconde fois que je me rends au Festival du Film Coréen de Paris. L'équipe du festival a fait beaucoup de chemin depuis les projections chaotiques au Saint-André-des-Arts, par ailleurs un excellent cinéma Art et Essai, mais peu adapté à l'époque à la structure du festival et au succès affluent. Ainsi, le déplacement au Publicis Cinéma permet au FFCP de bénéficier de larges salles confortables pour l'événement. La programmation proposée était très riche, avec de nombreuses avants-premières (Haemoo, A Girl at my door, A Capella, Hard Day), des rétrospectives, des courts-métrages, des documentaires, de l'animation et surtout des films grand public. Probablement est-ce là la marque du FFCP, autrement dit sa volonté de confondre un large panel d'oeuvres, et de proposer autant du cinéma indépendant que des grands succès du box-office coréen, sachant qu'il est toujours appréciable de savourer des films d'action sur grand écran.

    Cette année, je pus voir quatre longs-métrages, dont un d'animation, ainsi que trois courts-métrages. La première partie de ce compte-rendu est consacrée aux films de fiction.

    12TH ASSISTANT DEACON – Jae-Hyun Jang

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    Grand Prix du Meilleur Court-métrage de cette année, 12th Assistant Deacon est un curieux objet, dont la réalisation très dense fait regretter le format du court. Le sujet est en effet très fort, puisqu'on suit un jeune prêtre sorti du séminaire et prêt à affronter, non pas une messe ni une communion, mais un exorcisme au sein d'un quartier urbain. Le personnage nous entraîne dans une ruelle sombre, loin de l'agitation joyeuse des soirs de la ville, suivant un prêtre l'infiltrant dans une chambre miteuse où siège une malade. Le dialogue habile dresse l'attente vis à vis de l'exorcisme qui va venir, dans un travail d'atmosphère efficace. 12th Assistant Deacon est parvenu à construire sa singularité dans le genre en proposant une intrusion directe non seulement dans cette chambre, mais également dans le personnage de ce jeune séminariste qui vient faire son premier exorcisme. Le fantastique gothique flirte avec le traumatisme personnel du viol, dans une réalisation déjà très efficace, loin d'être dans l'amateurisme. L'unique regret d'en voir plus souligne au final la qualité de ce court-métrage.

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    NIGHT FLIGHT – Lee Song-Hee-Il

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    Lee Song-Hee-Il est un cinéaste travaillant beaucoup autour de l'homosexualité en Corée. Il est ainsi connu pour le drama No Regret (2011), relativement torturé sur la question car traitant d'un amour impossible dans le milieu des prostitués de luxe. Night Flight ne propose pas un portrait aussi dense que No Regret sur la plan de l'homosexualité. Celle-ci, au final, demeure peu présente, plutôt passée à travers le filtre de la romance. En ce sens, le film contient certaines maladresses dans sa vision de la relation des deux garçons, usant inutilement d'effets musicaux, de grands travellings aériens ou de décors idylliques. L'entourage de toute cette relation par des effets presque pompeux fait que la délicatesse passe peu. Elle ne filtre au final que sur les scènes situées dans ce « Night Flight », cet ancien et mystérieux bar gay perdu au sommet d'un immeuble en démolition. Là, l'homosexualité présente son aspect le plus mélancolique, perdue entre quelques boissons partagées sous les néons vacillants et les décorations usées.

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    En outre, ces quelques maladresses ne cessent de contraster, violemment, avec la description, plus globale, du lycée dans lequel évoluent les deux héros. À ce niveau, le film de Lee Song-Hee-Il propose une terrifiante lecture du harcèlement à l'école. Le film s'ouvre d'emblée sur une scène d'agression, cachée sous un rail de métro. La spontanéité des lycéens est sans cesse morcelée par leur violence, et par le désintérêt du monde adulte à leur égard. Les toilettes deviennent des espaces de domination, les récréations et pauses-déjeuner des moments de terreurs, et le quotidien familial ou les vacances les seuls échappatoires à cette agressive routine scolaire. Le traitement de ce harcèlement est singulier : ni démonstratif ni facilement choquant, il fait succéder les séquences de violence avec sécheresse, concision, spontanéité si présente qu'elle en devient banale. Le montage, par la répétition de ces brimades, permet d'accéder au terrible sentiment d'une banalité de cette violence. Les micros-gestes et répliques agressives se prolongent jusqu'à – évidemment – l'éclatement final, fortement impressionnant. En cela, Night Flight n'est pas dénué d'une énergie qui impressionne autant qu'elle terrifie, redistribuant les cartes, non pas du tabou de l'homosexualité, mais bien plus des conflits discriminatoires dans le monde adolescent sud-coréen.

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    NON FICTION DIARY – Yoon-suk Jung

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    Documentaire angoissant, Non Fiction Diary offre un aperçu sur les deux événements ayant bouleversé l'année 1994 en Corée du Sud. Par la confrontation de la découverte d'un groupe de meurtriers en série avec l'effondrement d'un célèbre bâtiment commercial, le film propose une réflexion pertinente et terrifiante sur la criminalité. Très dense car réunissant à la fois images d'archives, images actuelles, témoignages d'époque et témoignages contemporains, le documentaire de Yoon-suk Jung mélange les actualités et les voix, la chronique de campagne avec le fait divers collectif. Le parallèle est cependant loin d'être absurde : en plus de saisir deux des plus terrifiants événements de cette période, et d'ainsi donner par-là un aperçu sur un contexte spatio-temporel bien précis, il fait jaillir des souvenirs et réflexions nouvelles auprès des personnalités interrogées. Etonnamment, le policier ayant procédé à l'arrestation du clan meurtrier confie avoir assisté à l'effondrement de près, prenant par hasard un café juste en face du bâtiment commercial.

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    Si ce n'est pas la juxtaposition des deux faits divers qui est absurde, ce sont cependant les événements en eux-mêmes qui le sont. Dans les descriptions qui accompagnent chacun surgit l'effrayante tranquillité avec laquelle la violence apparaît. Le policier décrit ainsi la discrétion du son entendu avant le constat de l'effondrement, un léger sifflement qui l'a amené à tourner la tête pour voir ce qui se passait. L'effroi passe par l'inattendu de la violence, et l'absurdité même de la situation : les images de destruction, oscillant entre la façade et l'entrée, intactes, du bâtiment, et son arrière entièrement écrasé et fracassé, terrifient. Le film interroge ensuite, et avec pertinence, la question de la responsabilité politique dans le cadre de la catastrophe. Le crime à grande échelle ne connaît en effet pas le même destin judiciaire que celui commis par des criminels identifiés. Le parallèle entre les événements, l'urbain et le rural, fait saisir les disproportions de jugement entre les deux.

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    La tragédie urbaine se lie, au montage, par des effets de fondus, de bandes sonores chevauchées, à celle rurale. La révélation des crimes subit ce même contraste présent dans la ville, à savoir la disproportion entre une façade tranquille et un désastre dissimulé. Non Fiction Diary rejoint en ce sens beaucoup d'oeuvres de fiction faisant jaillir la même contradiction. Des films tels que Memories of Murder (Bong Joon-ho, 2003) ou Secret Sunshine (Lee Chang-dong, 2007) tirent leurs atmosphères d'une certaine réalité rurale, celle illuminée par le soleil et les champs dorés, dans lesquels sont tapis les meurtriers. En outre, l'écart est ahurissant entre l'atrocité et la fascination développée face aux criminels. Le tapage médiatique autour de ce crime fait l'objet de la seconde partie du film, montrant à travers de nombreuses archives l'obsession morbide du public de l'époque, intéressé par tous les détails intimes des criminels, et leur besoin de trouver un bouc émissaire à même de soulager l'angoisse de l'année. Mais plus fascinant, le film entretient par son montage l'exact ambiguïté agissant à l'époque dans la considération de l'événement. Entre ces images remontées et les témoignages qui s'entrechoquent surgit en effet cet écart entre l'abondant tapage médiatique et le silence sur la raison des gestes de ces criminels.

     

     

    THE DIVINE MOVE – Beom-gu Cho

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    Le film de clôture du festival, succédant à la remise des prix et les remerciements des différents participants, était un des films à succès de 2014 en Corée du Sud. Réalisé par Beom-gu Cho, ce blockbuster concluait le festival dans le plaisir du bouillonnement du film de casse – car c'est au final, malgré l'intrigue centrée autour du jeu de Go, le genre auquel se réfère le plus le scénario et l'esthétique – tout en témoignant de certaines limites.

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    Au final, ce ne sont pas les quelques poncifs qui pèchent dans The Divine Move, mais bien plus le repli progressif de la bouillonnante action de départ vers une intrigue plus sage, et moins délurée. Avec le motif du jeu de Go il y avait là le moyen de pulvériser la mise en scène de la stratégie et de proposer, à l'image du titre, des performances aussi divinement absurdes autour du simple geste de la pierre sur le plateau. Un manga tel que Hikaru no Go (Yumi Hotta / Takeshi Obata, 2009) l'avait ainsi prouvé, saisissant le jeu comme un lieu de suspense résolument inattendu. Le début de The Divine Move amuse ainsi par le fusionnement entre la pratique du jeu et la pratique du gang : être bon au Go devient vite une tyrannie où tout est permis, et les clubs de Go sont des clubs de débauche et de tricherie. En cela, le film offre un tableau totalement réjouissant dans sa reconversion du fonctionnement du jeu à un système mafieux : tripots enfumés accueillent les trafics les plus divers, les arnaques et les exploitations des vrais génies de Go. En outre, le film propose des idées de mise en scène plutôt réjouissantes, alliant le contexte du film d'action à la logique du jeu. Le séjour en prison se transforme en un affrontement réflexif entre les cellules, tandis que le héros propose à l'un de ses ennemis un combat de Go dans une chambre froide.

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    The Divine Move n'aboutit cependant pas à l'absurdité de ce principe, qui ne surgit que dans ces quelques scènes. Ainsi, les protagonistes secondaires sont cantonnés à des rôles stéréotypés - la jeune femme exploitée et réservée, le dilettante arnaqueur, l'artisan ténébreux et casseur - et le « divine move » promis par le titre, ou encore par l'abondante iconographie religieuse fréquemment convoquée, n'apparaît jamais, cédant le pas à la traditionnelle scène de combat final. Tout le décor – et l'intrigue avec – est détruit et démantelé par les combats, moins réjouissants que ces scènes de Go plus ambitieuses. Probablement le film perd de sa dynamique afin d'ouvrir la porte à la possibilité d'une franchise, sa fin préméditant une suite.

  • Un Cinéma après Fukushima

    LE CINÉMA APRÈS FUKUSHIMA :

    UN CINÉMA DE PRISE DE CONSCIENCE ?

     

    Table ronde animée par Damien Paccellieri, écrivain, éditeur et auteur de Le cinéma japonais contemporain.

     

    Avec

    Terutarô Osanaï : directeur artistique de Gateway for Directors Japan

    Katsuya Tomita : réalisateur de Saudade (2011)

    Kôji Fukada, réalisateur d'Au revoir l'été (Hotori no sakuko, 2013)

    Jean-François Sabouret, sociologue spécialiste du Japon, auteur de Besoin de Japonet Japon, peuple et civilisation.

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    Saudade (Katsuya Tomita, 2011)

    La table ronde proposée par le Forum des Images à l'occasion du festival Un Etat du monde, réunissait des personnalités très différentes. La diversité des présences a construit non pas une réflexion d'ensemble sur le pays mais une pluralité de regards, et surtout d'expériences personnelles, permettant d'apprécier de sincères et très lucides déclarations sur la catastrophe de Fukushima, et son impact sur le Japon.

    Plutôt qu'une prise de conscience proposée dans le titre, ce sont plutôt des questionnements et des pistes d'interrogations ébauchant les tentatives de compréhension qui ont nourri les échanges. Terutaro Osanai a ainsi pointé dans son portrait du cinéma japonais que très peu de films saisissaient pour l'instant le sujet de Fukushima. Kôji Fukada développa cette idée avec l'exemple de sa première réalisation, Hospitality (2010), qui traitait de Tchernobyl. Une catastrophe nucléaire qui, tel un Fukushima européen des années 1980, a été suivi d'un mutisme similaire. Une telle timidité pourrait provenir de ce que Katsuya Tomita a évoqué à travers son regard sur le film Campaign 2 (Senkyo 2, Kazuhiro Sôda, 2013, aussi projeté dans le cadre du festival), à savoir le tabou que constitue l'accident dans la société actuelle. Le réalisateur a révélé combien le sentiment de déni s'est installé malgré les mouvements anti-nucléaires comme Sayonara Genpatsu.

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    Senkyo 2 (Kazuhiro Sôda, 2013)

     

    L'intervention historique et sociologique de Jean-François Sabouret, éclairante et pertinente, a repensé la catastrophe dans le cadre de la mythologie ancienne du Japon. Porté par des images de vécu sur le dos d'un gros poisson instable, le peuple japonais a toujours connu la précarité de son territoire et l'obsession constante de sa possible disparition. Sabouret a raconté cependant que Fukushima avait introduit un élément nouveau, une forme de fracture et une souffrance autres qui sont pour l'instant occultés par les politiques et les médias. À cet égard, le terrifiant et impressionnant film d'animation projeté sur le sujet, 663114, saisissait cette rupture par l'image de l'insecte bouleversé dans sa mutation, mais conduisant innocemment son quotidien malgré les changements. Ce thème de la rupture a en outre été développé sur la question des femmes, très actives dans les mouvements anti-nucléaire, ou sur la bulle économique des années 1980.

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    663114 (Isamu Hirabayashi, 2011)

    La conférence révélait combien les interrogations sur le pays après Fukushima apparaissaient avant tout dans le cinéma indépendant ou dans une production marginale. Terutaro Osanai a ainsi expliqué le contexte du cinéma indépendant au Japon, totalement en rupture, à la fois structurelle, financière ou de fond, avec la production industrielle. S'il s'appuie certes sur un réseau de salles art et essai comme en France, ce réseau est fragilisé depuis quelques années, et peine à franchir les frontières. L'exposé de Terutarô Osanai a par ailleurs révélé beaucoup de ressemblances entre le cinéma japonais et le cinéma français : même réseau d'art et essai pour les films indépendants, même dépendance au financement des grandes chaînes de télévision pour les films à grand budget, même persistance d'un cinéma national sur les écrans face au cinéma américain... Cependant, le cinéma japonais ne connaît pas un système d'aides et de financement aussi complexe et dense que celui du CNC.

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    Au revoir l'été (Kôji Fukada, 2013)

     

    Les témoignages de Katsuya Tomita et de Kôji Fukada se sont révélés extrêmement éclairants sur le même sujet, et les deux cinéastes ont fait part d'une vraie générosité à raconter la construction de leurs films, leur travail pour en réunir le budget ou les équipes. Ils ont de plus évoqué leur propre confrontation à Fukushima et les réactions diverses observées. Katsuya Tomita raconta ainsi s'est rendu directement sur les lieux après la catastrophe, prêt à prendre des images mais ayant finalement abandonné sa caméra face au choc.

    La fin de la rencontre témoignait d'un véritable engagement de la part des intervenants présents. Non seulement elle souleva de lourdes questions sur l'exploitation des travailleurs sur les lieux de la catastrophe, ou sur l'isolement des familles touchées par le drame, mais se lia à nos propres problématiques nationales, voire internationales.

     

    Lien vers le site de l'événement

    http://forumdesimages.fr/les-rencontres/toutes-les-rencontres/table-ronde-le-japon-apres-fukushima

     

    Lien vers le site de Isamu Hirabayashi, réalisateur du film 663114

    http://www.hirabayashiisamu.com/shortfilm/663114.html

    http://c-a-r-t-e-blanche.com/films/

  • Pissenlits dansant dans la neige

    PISSENLITS DANSANT DANS LA NEIGE

    Une conférence de Yoko Tawada le 17 septembre à la Maison de la Culture du Japon

    Jeudi dernier, la MCJP accueillait en clôture d'un colloque sur Yasunari Kawabata l'auteure Yoko Tawada. C'est avec malice que Tawada apporta son regard d'écrivain, de lectrice, sur la dernière œuvre inachevée de Kawabata, « Tanpopo », Les Pissenlits, et présenta un texte traduit avec efficacité par Cécile Sakai.

    La conférence de Tawada avait un véritable atout à être ouverte à tous les publics. Avec une redoutable aisance, son écriture alliait l'analyse fine à une expérience personnelle, connectait l'anecdote à la recherche plus exigeante. L'idée du pissenlit vint ainsi rejoindre, dans une interrogation sur la fleur et sa charge symbolique, l'ornementation du passeport de l'auteure, ou le film Tampopo (Jûzû Itami, 1985) et sa vulgarité comique. Le discours évolua par évocations, comparaisons, renvois originaux et décalés – mais faisant toujours sens – vers les motifs du récit et ses circonvolutions possibles, tels la cécité / sexualité, l'impuissance, la neige, la montagne... Ces circonvolutions déjà présente dans le récit et entre les autres œuvres de Kawabata, Tawada les faisait rimer avec d'autres histoires, les siennes, celles de sa double-culture, de l'écriture et du quotidien de son pays. Elle mit ainsi en résonance, avec émotion, les restes de Fukushima avec les images du célèbre écrivain.

    En à peine une heure, la conférence de Tawada fut riche en thèmes et références, liant et déliant les figures tracées dans les Pissenlits de Kawabata. De l'hôpital à la montagne, de la fille au père, à la mère et à son mari, l'auteure a glissé un regard pertinent et très ouvert dans ses interprétations, jonglant autant avec les kanjis de son pays qu'avec les quelques objets posés devant elle, en guise d'évocations comiques. La légèreté de son ton et sa facilité à agripper ces différentes propositions n'ont étayé en rien l'exercice d'analyse et n'ont fait que redoubler l'envie de découvrir les écrits de ces Pissenlits.

    la page de l'événement : http://www.mcjp.fr/francais/conferences/pissenlits-dansant-dans-la-neige/pissenlits-dansant-dans-la-neige

    le site de Yoko Tawada : http://yokotawada.de/?page_id=24

  • Exposition Naohisa Inoue

    NAOHISA INOUE en exposition à l'Espace Japon
    du 17 au 28 juin 2014906894_548683388488014_852889799_o.jpg Auteur illustrateur et créateur des mondes d'Iblard, un univers fantastique qui a servi de trame à un manga des années 1990, Naohisa Inoue est un très grand artiste impressionniste dont l'oeuvre a inspiré certains décors des films du studio Ghibli, tel le magnifique Whisper of the Heart. Ses peintures d'Iblard ont notamment été adaptées pour un court-métrage du Musée Ghibli, et l'homme a une amitié de longue date entretenue avec Hayao Miyazaki ou Isao Takahata.C'est cependant un peintre et un illustrateur qui s'impose avant tout en sa personne : Inoue ne fait pas de l'animation mais pratique plutôt un art du décor et de la touche. Evidemment, la correspondance avec le studio Ghibli est évidente, en particulier dans le motif du ciel, et dans son traitement impressionniste. Les nuages vaporeux et les traînées crépusculaires de l'artiste rejoignent les masses blanches et les ciels déclinants du Vent se lève ou du Voyage de Chihiro. Avec ce dernier se joue en particulier une série de clins d'oeil, allant des échoppes illuminées dans les rues nocturnes, des trains isolés en pleine campagne, au plaisir d'insérer dans le décor des animaux en tous genres (comme des cochons ou des grenouilles...) ou des étranges créatures.iblard_jikan4.jpg
    L'oeuvre d'Inoue dégage cependant des choix artistiques plus prononcés que ceux du studio Ghibli. Chaque toile propose une gamme de couleurs précises, revisitées à chaque fois, et un imaginaire bien particulier, plus mystique et fantaisiste. A coup sûr les tons crépusculaires, traversant des ciels violacés, des forêts brumeuses ou des bâtisses floues, rappellent l'unique œuvre de fantasy de chez Ghibli, Les Contes de Terremer, et ancre définitivement Inoue dans une vision fantastique, voire presque science-fictionelle par ses décors et ses personnages.P170614_18.45.jpg
    Le chaleureux petit salon d'accueil de l'Espace Japon proposait une brève exposition de ses toiles et une démonstration en live du peintre, par ailleurs extrêmement à l'écoute des visiteurs et cordial dans l'explication de ses techniques et de son univers. Une petite rencontre traduite en français était proposée, durant laquelle Inoue fit part de ses influences – en grande partie les Impressionnistes français ! – et de son travail avec le studio Ghibli. La précision du pinceau des gestes de Naohisa Inoue, plus guidés, tel qu'il le décrivait lui-même, par l'effet du hasard et de l'intuition, hypnotisaient aisément durant cette rencontre, au fur et à mesure qu'apparaissaient les contours d'une nouvelle de ses fresques.

  • Koji Yamamura

    RETROSPECTIVE KOJI YAMAMURA

    Le 6 décembre 2013 au Forum des Images

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    Invité d'honneur au Carrefour de l'Animation du Forum des Images (du 5 au 10 décembre 2013), Koji Yamamura y a présenté une œuvre à la fois expérimentale et pleine de sensibilité. Sa filmographie est composée par de nombreux courts-métrages – les plus connus constituent l'ensemble de La Boîte à Malice, souvent projeté pour le jeune public – mais également de nombreuses œuvres de commande pour des festivals ou pour la télévision. Fait rarissime, ces derniers furent projetés en deuxième partie, constituant un pan souvent méconnu de la réalité de la réalisation, mais apportant tout autant son lot de surprises. En outre, autre phénomène rare, et extrêmement appréciable, Koji Yamamura, présent du début à la fin de la projection, s'est révélé un précieux pédagogue, présentant consciencieusement son travail, et attendant même patiemment les questions et réactions des spectateurs à la sortie de la salle, accompagné par le grand spécialiste Ilen Ngûyen.

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    Le Vieux Crocodile

     

    Yamamura présente, à travers ces courts-métrages, une capacité à se saisir de styles et de textures diverses, expérimentant graphiquement, mêlant le trait crayonné aux encrages. Le Vieux crocodile (Toshi wo totta wani, 2005) se révélait une exception dans ce qui été projeté, car il s'agissait bien plus d'une ré-appropriation du style de Léopold Chauveau, auteur-illustrateur français du début du XXème siècle. Autrement, l'oeuvre de Yamamura présente néanmoins, parmi sa diversité, une certaine singularité d'une part dans le traitement de la déformation et du mouvement métamorphique, d'autre part dans son travail sonore d'une véritable richesse.

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    Le Mont Chef

     

    Déformations, en effet, ou plutôt changements d'un état à un autre, semblent scander les propositions graphiques et narratives de Yamamura. Dès Le Mont Chef (Atama Yama, 2002), une réalisation qui lui valut d'être remarqué en Europe, le cinéaste appuie des basculements constants entre la banalité et l'extraordinaire, entre le microcosme et le macrocosme, entre l'humour noir et le poétique. Son animation « vacille », se révèle prise dans des soubresauts graphiques, à l'image de l'existence de ce personnage qui voit pousser sur son crâne un cerisier. Ces mêmes basculements se retrouvent dans les courtes esquisses expérimentales de A Child's metaphysics (Kodomo no Keijijôgaku, 2007), ensemble noir qui part des rondeurs mignonnes d'enfants pour mieux les écarteler, les briser, les casser en formes géométriques. Ce même effet se retrouve d'ailleurs dans le générique – lui aussi projeté – que Yamamura a composé pour une émission de Takeshi Kitano, où les traits du visage calme représentant le cinéaste japonais sont subrepticement tiraillés dans tous les sens (idée qui rend d'ailleurs extrêmement bien compte du style artistique de Kitano, pris sans cesse entre la rigidité impassible et la violence explosive).

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    A Child' Metaphysics

     

    En outre, il est honorable de souligner l'étonnant travail sonore qui apparaît dans ces films, témoignant d'un véritable laboratoire de bruitages, de chants et de voix. Yamamura fait appel dans Le Mont Chef à des conteurs de rakugo, créant ainsi des décalages étonnants par rapport au comportement quelque peu vulgaire du personnage. Ce choix se retrouve dans l'adaptation d'une nouvelle de Kafka, qui a recours à des choeurs à la fois d'hommes et d'enfants, cette fois-ci dans une optique plus atmosphérique. En outre, les personnages, chez Yamamura, s'expriment toujours de manière indirecte, par le biais d'une voix narrateur, d'un texte conté, ou encore par des doublages toujours décalés, sans souci de réalisme. Il ne règne pas l'attention portée à un accent dynamique ou compréhensible tel qu'on peut le trouver dans l'animation industrielle en général, mais bien plus un empâtement dans les voix, un surjeu exagéré de manière à créer des effets de distance, d'humour et de décalages étonnants.

    Déformations et décalages composent ainsi l'oeuvre de Koji Yamamura. Ses deux beaux films, à la fois emblématiques de son style mais témoignant le plus le talent, restent son adaptation du texte de Frank Kafka, Un Médecin de campagne, et sa réalisation sur la vie de Muybridge, coproduite par l'Office Nationale du Film.

    Un Médecin de campagne (Kafuka inaka isha, 2007)

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    Très belle proposition, Un Médecin de campagne fait l'une des plus belles retranscriptions graphique et sonore du style de Kafka. Les effets anamorphiques des corps et des visages, alliés au travail atmosphérique rendent en effet compte de son écriture torturée. La prosodie tortueuse de l'écrivain allemand se retrouve ainsi incarnée dans le chemin tortueux parcouru par l'animation, faite d'angles étranges, de changements brusques de perspectives, d'angles brisés, cassés, de silhouettes anguleuses et onduleuses. Chaque sentiment intérieur du médecin, bien souvent celui de l'angoisse et de l'incompréhension, devient une composition métamorphique à l'écran, l'animation permettant de donner aux corps représentés ce que l'imagination travaille dans les esprits. Sans cesse, le film donne l'impression de contempler cette histoire au travers d'un globe de verre, et le récit devient peu à peu surréaliste, composant une étrangeté étonnante et très impressionnante.

    Les Cordes de Muybridge (2011)

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    Expérience sensorielle plutôt qu'un documentaire conventionnel, Les Cordes de Muybridge est une variation sur l'inventeur de la décomposition du mouvement. Les voix sont peu présentes dans ce court-métrage, tandis qu'un travail de bruitage et un thème musical dominé par le piano scandent les différentes histoires contées. Des temporalités se lient, des figures se rejoignent, des expériences animées se confrontent, créant une rythmique très particulière. Le motif du mouvement de décomposition du cheval vient constituer le liant visuel et sonore – le son rendant compte du bruit des obturateurs des appareils photographiques placés par Muybridge pour son expérience – de cet ensemble dissonant. Les Cordes de Muybridge s'apprécie ainsi comme une partition graphique, dont les mouvements se révèlent aussi vibrants que les émotions qu'ils procurent.

    Le site personnel du studio Yamamura Animation : http://www.yamamura-animation.jp/index.html

  • Regards croisés sur Ozu

    REGARDS CROISES SUR OZU

    Le 16 novembre 2013 à la Maison de la Culture du Japon (Paris)

    Intervenants présents : Fabrice Arduini, Diane Arnaud, Frédérique Berthet, Mathieu Capel, Basile Doganis, Antony Fiant, Rémi Fontanel, Mathias Lavin, Benjamin Thomas, Clélia Zernik

    Le 16 novembre dernier, le petit auditorium de la MCJP accueillit une bonne centaine de personnes pour assister à la table ronde organisée autour de la sortie de l'ouvrage collectif Ozu à présent, rassemblant une diversité de textes s'interrogeant sur la place de Yasujiro Ozu dans le cinéma contemporain. La table ronde rendait à la fois compte des collaborations ayant construit cet ouvrage mais portait surtout un regard juste et pertinent sur cet emblématique cinéaste japonais, plus controversé et paradoxal qu'il n'y paraît.

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    Tokyo Monogatari - Voyage à Tokyo (1953)

    La journée était découpée en deux temps, construisant d'une part une définition contemporaine du cinéaste japonais, puis saisissant la répercussion de son travail sur d'autres réalisateurs, tels Wim Wenders, Pedro Costa, Claire Denis, Jia Zhangke... La diversité des intervenants, la plupart enseignants-chercheurs, mais comprenant aussi des plasticiens, a témoigné, tout au long de la journée, d'une pluralité de regards sur l'oeuvre d'Ozu. Loin de s'en limiter à une définition simple - telle celle, erronée et hâtive, de le qualifier de « réalisateur zen » - cette table ronde a permis une circulation de nuances, construisant ainsi un regard éminemment juste sur sa filmographie. On y a ainsi vu Ozu comme oscillant entre plusieurs contraires, à la fois le plus et le moins japonais des cinéastes, à la fois traditionnel et capable de faire preuve de modernité, ou bien pris entre la tranquillité paisible et une certaine cruauté. Des études très fines de certaines figures de son style – l'emploi réguliers des mêmes acteurs, le fameux regard-caméra dans les séquences de dialogues, le rapport à l'architecture japonaise – ont ensuite montré qu'Ozu effectue une utilisation habile et précise des codes et des pratiques de sa société, bien souvent pour en dévoiler les failles. La figure paternelle devient ainsi, dans les films d'Ozu, d'abord la preuve d'une autorité qui est parfois bousculée, démantelée, par une succession de micro-événements et de scènes. La seconde partie éclairait quant à elle le rapport de certains cinéastes étrangers à Ozu, montrant que ce cinéma bien particulier continuait d'exercer et de fasciner, de manière parfois spectrale et surprenante, bien souvent dans l'hommage. Les éléments du système d'Ozu peuvent se manifester dans des cinémas éminemment différents, notamment parce qu'ils présentent à la fois une certaine souplesse mais appellent à un vrai travail d'intégration et de construction. Un spécialiste de Claire Denis a ainsi attiré l'attention sur le double-langage chez le cinéaste japonais, double-langage et capacité d'agir à plusieurs niveaux dans un dialogue que Denis tente d'incorporer à ses récits.

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    Le plus intéressant se révélait l'importance accordée à la modernité d'Ozu, détruisant cette idée reçue du traditionalisme ou du conservatisme qui constitue bien trop souvent l'étiquette du cinéaste japonais. Par des comparaisons avec Nagisa Oshima ou Shinji Fukazaku, les intervenants ont tour à tour démontré que les histoires d'Ozu se révélaient au final très contemporaines, très complexes dans leur structure, mais également d'une grande rigueur. Ozu s'est ainsi construit un système dont les motifs et intrigues se révèlent intégrés dans un premier temps pour être mieux détournés, dévoilés, ou encore pris dans des effets de rupture. « Cinéaste de la déraison » est ainsi une expression qui s'est plus imposée à cette table que celle du « plus japonais des cinéastes » (cette dernière étant la phrase très célèbre de Donald Richie).

    Peut-être aurait-il été possible de plus définir la place d'Ozu dans le cinéma japonais actuel : Kiyoshi Kurosawa a été évoqué, mais certains cinéastes comme Hirokazu Kore-eda, Isao Takahata dans le domaine de l'animation, ou même Jiro Taniguchi dans le manga, sont des figures qui auraient pu surgir dans le débat. Ces « regards croisés sur Ozu » ont néanmoins poussé à revoir l'oeuvre de ce grand cinéaste japonais avec un nouvel éclairage plus nuancé et d'une meilleure justesse.

    la page de l'événement : http://www.mcjp.fr/francais/cinema/regards-croises-sur-ozu-820/regards-croises-sur-ozu

  • Master Class Jia Zhangke

    MASTER CLASS JIA ZHANGKE

    Animée par Pascal Mérigeau, au Forum des Images le 10 novembre 2013

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    Jia Zhankge a beau être de petite taille, il se révèle être un grand homme, à la fois généreux et modeste dans l'approche de son cinéma. Lorsque le parrain du festival « Un Etat du monde et du Cinéma » qui a eu lieu sur ce mois de novembre de Forum des Images s'approche timidement dans le grand auditorium, pour s'asseoir en face du grand Pascal Mérigeau, les spectateurs sont à la fois amusés par le contraste de taille et touchés par sa discrétion.

    L'auditorium faisait ainsi salle comble pour accueillir le cinéaste chinois qui se livra d'emblée sur son parcours, qui ne s'est pas tout de suite porté sur le cinéma, mais d'abord dans la peinture et les Beaux-arts, une influence qui se manifeste constamment dans son oeuvre. Zhangke fit aussi part, dans son récit, de son fort attachement à sa ville natale, Fenyang, où il tourna notamment certains de ses films, tel Xiao Wu (1999) ou Platform (2001), et de la difficulté à y tourner des films en Chine. Sans s'apitoyer sur la violence de la censure exercée dans son pays, le cinéaste préféra nous parler de sa fascination pour tous les moyens possibles de résistance et de détournement de cette censure. Il raconta ainsi plusieurs anecdotes sur l'univers des DVDs piratés, totalement différent de celui de la France, où les vendeurs clandestins deviennent de vrais historiens du cinéma, fournissant des grands classiques ou des films indépendants. De même, l'apparition et le développement d'Internet ayant fourni un nouveau moyen d'expression pour beaucoup, le film The World, dont Zhangke nous commenta un extrait choisi par Pascal Mérigeau, incarne ces nouveaux moyens de communication.

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    The World (2004)

     

    Ce regard que porte Jia Zhangke sur son pays se révèle tout à fait singulier et d'une admirable distance. Le cinéaste a fait part, durant cette Master Class, de cette approche, pertinente et fine, vis à vis de l'importance du changement et des mutations en Chine, que son cinéma essaie très justement de capter, pour en révéler les limites, les failles, et pour surtout soutenir la mémoire de ceux qui se retrouvent mis à l'écart de cette société mouvante.

     

    Le lien vers la captation réalisée par Arte : http://www.arte.tv/fr/master-class-jia-zhangke/7690810.html

    Liens vers les critiques des films de Jia Zhangke : Still Life (2006) ; 24City (2008) ; I wish I knew (2010).

  • Festival du Film Coréen 2012

    3 Films au FFCP

    7ème édition du Festival du Film Coréen à Paris.

     

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    Pour sa 7ème édition à la programmation bien riche et équilibrée – entre films indépendants, comédies, documentaires, courts-métrages, et blockbusters de bonne facture – le FFCP se déroule, paradoxalement, dans le tout petit cinéma St André des Arts, près du Boulevard St-Michel. Ce contraste fait qu'il subsiste de nombreux problèmes techniques liés à la précarité de la mise en place de ce festival, mais qu'il y règne également une ambiance conviviale, bon enfant, et fort sympathique. Si l'image souvent floue issue des projecteurs numériques mal réglés ou les sous-titres parfois peu visibles gâchent le plaisir de la séance, les sourires adressés à la sortie par la petite équipe de bénévoles sauvent ces maladresses techniques.

    STATELESS THINGS - Kim Kyung-mook

     

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    Stateless Things est le premier long-métrage de l'invité d'honneur du festival de cette année, Kim Kyung-mook. Contrairement aux éloges que beaucoup adressent à ce jeune cinéaste, son film m'a paru plutôt malsain. Le film s'attaque, entre autres, au quotidien miséreux des jeunes immigrés venus des pays environnants, débouchant à Séoul pour survivre de petits boulots, ou se retrouvant dans la prostitution. Kim Kyung-mook a choisi une narration éclatée (grand effet à la mode dans les petits films indépendants...) visant à embrouiller le spectateur (pour l'amener à des réflexions pseudo-psychologiques sur le dédoublement de personnalité...), entre temps de contemplation (et presque dérisoirement touristique sur une séquence de promenade dans les quartiers de la ville), temps de violence (les fameuses bagarres du cinéma sud-coréen, filmées à l'épaule, vibrants auprès des corps, de la terre, et de la crasse), et temps pour choquer le spectateur (inserts faciles et sans intérêt de vidéos amateures quasi-pornographiques...). Comme beaucoup de premiers films, on peut ainsi trouver que le réalisateur a voulu en mettre « trop », créant la confusion par l'afflux d'esthétiques différentes, de pistes non résolues, de choix divergents. Tantôt la prostitution est montrée sous un visage cru et impitoyable, dans une volonté de choquer le public, tantôt elle cède le pas à des scènes d'amour homosexuelles filmées avec une lenteur d'une rare beauté (l'impressionnant premier rapport amoureux entre le jeune prostitué et son protecteur plus âgé l'ayant enfermé dans une prison de luxe). Un tel décalage provoque au final le malaise et n'aide en aucun cas à définir les intentions, ou plutôt la ligne qu'a voulu apporter le cinéaste à ce sujet, trouble qui laisse assez désarmé et qui agace quelque peu. A force de trop abuser de l'irrésolu, Stateless Thingslaisse toutes les grandes questions en suspens et ne prend pas de risques avec ses sujets pourtant courageux à la base.

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    WAR OF THE ARROWS – Han-min Kim

     

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    Trois gros films et succès en Corée étaient au rendez-vous du festival. Je n'ai malheureusement pas pu voir les films d'ouverture et clôture, dont j'entendis d'élogieuse critiques, Masquerade, avec le fabuleux Lee Byung-hun dans un double-rôle, et The Thieves, film d'action inspiré d'Ocean's Eleven. Le troisième blockbuster était War of the Arrows, fiction se déroulant durant les invasions mandchoues et suivant le protagoniste, archer prodigue, bien évidemment, bataillant avec acharnement pour retrouver sa petite sœur. Le gros souci du film réside dans la représentation de ce héros, extrêmement naïf et sans grande profondeur, totalement aveuglé, de bout en bout du film, par son devoir de protection envers sa sœur. Un héros aussi peu évolutif provoque parfois l'ennui et la lassitude, et c'est le virtuose des séquences d'action qui contrebalance cette faiblesse. En effet, un vrai travail graphique et de mise en scène transforment chaque tir de flèche en une impressionnante bataille réflexive, la mise en scène se trouvant sur ce point dans les séquences d'action à mi-chemin entre Tsui Hark et Zhang Yimou. Mais le scénario reste malheureusement un lourd poids traînant derrière cette virtuosité de l'action, l'aspect politique restant assez pâle et les seconds personnages (bien plus intéressants) plutôt sacrifiés, et servant de prétexte pour desservir chaque affrontement.

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    TALKING ARCHITECT – Jae-eun Jeong

     

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    Le dernier film que j'ai été découvrir, un peu par hasard, était un documentaire sur un architecte atteint d'un cancer mais ayant réussi à s'accrocher pour suivre la mise en place d'une exposition consacrée à son travail. La réalisatrice, la productrice, et le fils plutôt ému de l'architecte en question étaient présents. Très agréable et touchant, le film est porté par la présence lumineuse de ce vieil architecte diminué par la maladie mais gardant un moral incroyable et une véritable sincérité. La grande qualité du documentaire est de ne pas s'être du tout allé au sentimentalisme vis à vis de la présence de la maladie, et d'être resté dans un portrait très fidèle, captant à la fois les réflexions, l'émotion, l'humour, et l'entêtement du personnage. La vivacité de la réalisation modeste capte les commentaires de Chung Guyon qui se scandalise face à la politique des panneaux solaires, ruinant le paysage selon lui, ou se disputant gaiement avec la directrice de l'exposition, aussi têtue que lui. On sourit, on rit, on se laisse porter par le dynamisme revigorant de cet architecte au caractère bien trempé mais d'une forte humanité, considérant l'architecture comme un moyen avant tout de réunir les gens dans le plaisir. La séquence finale est très touchante, où de vieilles personnes viennent remercier Chung Guyon d'avoir construit des bains publics à proximité de chez eux, pouvant leur permettre de se réunir pour se baigner et se rencontrer. De plus, le film pose, esquisse, un regard sur l'architecture en Corée, avec des interviews croisées d'experts en architectures sur les œuvres de Chung Guyon ou sur leur conception du métier. Un joli documentaire d'une belle sincérité et ouverture d'esprit. 

     

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    le site du festival