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  • 23 novembre 2019

    #NOUSTOUTES

    23 Novembre 2019

     

    N'étant pas en France, je ne peux que suivre de loin la marche #NousToutes qui aura lieu aujourd'hui dans mon pays d'origine. Mais évidemment je la soutiens et j'admire le travail de celles et ceux qui dénoncent les violences contre les femmes depuis tant d'années.

     

    Je ne peux parler au nom de tous les sujets mais je souhaite au moins me positionner par rapport à la cinéphilie, qui définit mon quotidien et mon travail. Maintes fois, dans des échanges sur des films, ce fameux « séparer l'homme de l'artiste » est tombé, véritable clôture imposant la fin de toute discussion. Je pense que même ceux usant de cette réplique ne se rendaient pas compte de la gravité de cet argument qui pardonne tout, conclut tout.

    Je ne sépare pas l'homme de l'artiste et j'ai décidé récemment que je ne verrai pas le film de Roman Polanski. Tout d'abord par respect et soutien aux victimes qui se manifestent dernièrement. Je pense que défendre le film et son réalisateur, de même que s'y intéresser excessivement en ce moment, ne peut que causer plus de souffrance.

    Ensuite parce que j'en ai assez de cette excuse. Un cinéphile n'est-il pas un être humain ? Aimer un film c'est confirmer sa sensibilité, sa capacité aux émotions, la présence de valeurs en nous ; ces éléments jaillissent face à un personnage, un plan, un décor, une coupe au montage, un effet sonore... et donnent peu à peu un sens à notre cinéphilie.

    Pourquoi donc valoriser l'émotion d'un film en regard de celle ressentie face à la société ? Nous ne serions capables d'humanité qu'en face du grand écran ? Ou alors les sentiments dans la salle n'auraient rien à voir avec ceux de l'extérieur ? Bien au contraire, le chemin du cinéphile, comme du passionné de musique ou de théâtre, existe parce qu'il croise celui, plus vaste, de notre personnalité entière. C'est cette circulation, entre les films, leur contenu et notre réalité, qui enrichissent le cinéphile que nous devenons.

    Dire qu'il faut séparer l'artiste de l'homme revient à nier cette circulation, à considérer la parfaite imperméabilité d'un métier ou d'une œuvre. A l'image du cinéphile, le cinéma est une entité complexe, le réceptacle de regards mêlés, de personnalités qui se sont croisées, d'idées qui se sont confrontées. Dans ce fameux argument réside la totale négation de cette dimension, et donc, des souffrances qui y peuvent y apparaître.

     

    Le récent retour sans appel des violences contre les femmes dans le cinéma (et ailleurs...) passe aussi par les spectateurs et les spectatrices, et notre propre remise en question, l'acceptation de cette porosité, et surtout du droit de suivre ses sentiments et de refuser de voir un film. Chacun peut décider des œuvres qu'il souhaite défendre, mais ne peut le faire sans être conscient des réalités qui enrobent la création d'une œuvre.

    Il n'y a pas de séparation entre les artistes et les hommes, il n'y a qu'une succession d'étapes et un glissement vers le résultat final sur écran. Il n'y a pas de séparation entre le cinéphile et l'humain, mais la complexe circulation de valeurs et d'émotions personnelles.

     

     

    A lire : l'article d'Iris Brey sur cette séparation « impossible » : https://www.mediapart.fr/journal/france/131119/polanski-l-impossible-separation-entre-l-homme-et-l-artiste

    L'enquête de Marine Turchi sur les violences sexistes dans le cinéma : https://www.mediapart.fr/journal/france/031119/dans-le-cinema-des-violences-sexuelles-systémiques

  • Katsuben !

    L'homme devant l'écran

     

    Katsuben ! (2019) / 周防正行 Masayuki Suo

    Projeté en avant-première au Kyoto Historica Film Festival, actuellement dans la programmation du Kinotayo Festival en France, Katsuben ! propose de revisiter l'histoire du film muet à travers la figure emblématique du benshi, mais aussi sous le ton dominant de la comédie. Cette association donne au film sa singularité et son dynamisme, mais n'échappe à quelques poncifs dominants dans le cinéma japonais commercial actuel.

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  • Shinjitsu / La Vérité

    Sorcières de mère en fille

    真実 Shinjitsu, La Vérité (2019) / 是枝裕和 Hirokazu Koreeda

     

    En situant l'action de son nouveau film dans le pays du cinéma, Hirokazu Koreeda s'essaye pour la première fois à l'expérience internationale . La proposition faisait peur sur le papier, risque d'un énième rapport faussé à une culture incomprise, à une langue non maîtrisée. Pourtant, La Vérité trouve un équilibre par la justesse des interprétations comme l'entretien des valeurs usuelles et chères à son cinéma. Mais l'approche de la France témoigne aussi des limites dans la construction d'un film dans le film sans grande personnalité.

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