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  • Patlabor le film

    Cages à oiseaux

    PATLABOR (1989) – Mamoru Oshii

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    Aussi étonnant que cela puisse paraître, Patlabor annonce en filigrane le très moderne Ghost in the shell, et c'est là son principal intérêt. Bien qu'inspiré de la série du même nom – et les adaptations de séries se révèlent malheureusement souvent le prolongement sans réelle innovation de leur base originale, à quelques exceptions près (l'étonnant Full Metal Alchemist Conqueror of Shamballa ou le travail de Rintaro avec l'adaptation de de Clamp) – le film présente un certain dynamisme et des choix de réalisation bien singuliers. Oshii a su imposer sa patte sur cette production, d'où se dégage peu à peu un style qui parvient par moments à s'échapper du genre mecha.

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    Le charme de Patlabor vient d'une opposition entre deux directions différentes données à cette intrigue. D'une part les protagonistes et les actions prolongent le style de la série et s'avèrent, plus de vingt ans après, très vieillis, tandis que d'autre part le film propose des choix de réalisation déroutants sur certains sujets comme celui de l'informatique. Patlabor cerne en effet les dérapages des labors (robots de grande taille utilisés par la police) devenant incontrôlables suite à l'installation d'un nouveau système d'exploitation. Dès lors, échanges sur l'informatique et séquences de piratage et de virus amorcent quelques éléments de Ghost in the shell, tout en fournissant à l'animation des idées originales. En témoigne une séquence surprenante où le héros trouve la disquette du système et déclenche une forme d'aliénation de tous les écrans, où s'inscrivent des messages étranges. L'animation y devient le moyen efficace de faire partager un moment de dépassement et d'incontrôlable, ce qui se vérifiera dans Ghost in the shell ou encore Perfect Blue (Satoshi Kon).

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    Le plus intriguant dans ce récit reste le personnage fantôme du constructeur du système, n'apparaissant qu'au début du film avant qu'il ne se suicide. Tout l'élément perturbateur doit sa source à ce personnage inconnu, presque surréel, et autour duquel s'agence une série de séquences où deux inspecteurs enquêtent. Ces passages sont presque, si l'on excepte le final efficace, les plus aboutis du film, où le style atmosphérique d'Oshii fait surface. Les deux inspecteurs y traquent les traces de ce fantôme, parcourant les ruines laissées dans le sillage de la construction du projet Babylone. Ces séquences, où les personnages découvrent des appartements désertés et jonchés de cages à oiseaux, restituent l'esthétique des cités de Metropolis ou des Tokyos futuristes d'Akira, oscillantes entre le progrès et la destruction. La musique de Kenji Kawai soutient quant à elle cette atmosphère surréelle, notamment avec l'utilisation d'un karimba mêlé à des sons très aigus de violons, la partition annonçant elle-même les mélanges expérimentaux opérés dans la bande-son de Ghost in the shell. Peu à peu, cette étrangeté rejoint l'intrigue, qui avance la théorie du complot et de personnages emprisonnés dans leur propre société, comme des oiseaux dans leur cage.

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    Au final, Patlabor se révèle garder un bon rythme tout au long du déploiement de cette intrigue. Les séquences les moins dynamiques se révèlent celles de l'animation des labors, notamment parce que le graphisme, et l'animation de l'action, ont perdu de leur force et rejoignent l'esthétique de machines classiques. En revanche, les protagonistes, les scènes de discussion et de réflexion, gardent une certaine épaisseur psychologique, partagées entre des héros attachants et une figure fantôme étrange.

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