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  • Double suicide à Sonezaki - Hiroshi Sugimoto

    Grâce du Bunraku

    DOUBLE SUICIDE A SONEZAKI - Hiroshi Sugimoto

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    Au beau milieu du mois d'octobre ont eu lieu au Théâtre de la Ville ces représentations uniques en France de la reprise par Hiroshi Sugimoto d'un classique du bunraku, Double suicide à Sonezaki, une pièce tragique du 18ème siècle écrite par Chikamatsu Monzaemon, sorte de Roméo et Juliette japonais.

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    Après un prélude quelque peu décevant – avec encore une utilisation inutile d'un grand écran en fond de scène, sorte de « mode » du théâtre contemporain – l'entrée des marionnettes traditionnelles nous captivent d'emblée. Le spectacle est accompagné de récitants contant l'histoire de manière chantée, et accompagnés du shamisen. Le récitant principal présente une capacité de changements de voix impressionnante, incarnant toutes les voix aussi bien masculines que féminines. Dans ce cadre, le chant s'empare du texte japonais et en déploie les sensations, passant d'un rythme à l'autre en fonction des événements racontés. Telle accélération du phrasé simule les actions précipitées d'un combat, telle amplification d'une syllabe déroule une émotion et installe une tension, celle de la mort qui se rapproche pour les deux personnages...

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    Hiroshi Sugimoto, dans le cadre de ce genre très codé, a opté pour une mise en scène très sobre, choix qui ne peut qu'être salué car se révélant très efficace. La douceur des lumières et l'élégance de la scénographie – grandes portes coulissantes, petits escaliers polis, teintures rouges à motifs fleuris – transforment le spectacle en un ensemble très maîtrisé, d'une totale précision. Les marionnettes, accompagnées par leurs manipulateurs, glissent avec volupté sur les décors, se frôlent, esquissent des pas légers au-dessus de la scène. Ce qui trouble, ce qui émeut dans ces marionnettes, c'est cette incroyable grâce qui les enveloppe, marquée dans leur vêtements et dans leurs traits harmonieux, mais également dans les gestes des marionnettistes, tous des professionnels excellents du bunraku. Àtrois sur une marionnette, par les gestes combinés des mains, de la tête et des pieds, ils créent dans un synchronisme et une précision parfaits, les mouvements, les attitudes et les états d'âme de ces personnages.

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    Une expérience étonnante, prouvant la précision impressionnante des marionnettistes japonais, mais une nouvelle fois la force de ces acteurs de bois, ici des figures immaculées dont la fragilité bouleverse.

  • Ilo Ilo

    L'histoire d'un retour à l'équilibre

    ILO ILO – Anthony Chen

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    Ilo Ilo pourrait presque être un 400 Coups de Singapour. Rien de péjoratif dans cette comparaison car la grande réussite du film réside dans ce portrait d'un enfant à problèmes, probablement écrasé par ses parents touchés par la crise. L'arrivée de la servante Terri dans cette famille va devenir à la fois le souffre-douleur réceptif et la bouffée d'air libératrice de la tension présente dans le trio.

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    Le scénario d'Anthony Chen utilise savamment ce protagoniste de la servante, interceptant les événements, des plus anodins aux plus dramatiques. Ce personnage, Terri, occupe en effet place fondamentale dans le développement du récit et des relations, construisant un vrai lien avec le spectateur et l'ouvrant à la progressive évolution de la cellule d'une famille moyenne à Singapour. Le rapport à la crise financière se révèle ainsi abordé de manière subtile, par le personnage du père perdant son emploi, mais également celui de la mère, plus intéressant car se retrouvant en position de rédiger les lettres de licenciement pour les autres employés de son travail. Sans exagération, avec légèreté, le film dépeint cette situation petit à petit, montrant une tension du couple que la présence de Terri exacerbe. Autre point de vue que le film ne suit malheureusement pas jusqu'au bout, c'est celui de la distance entre les nationalités, entre la culture philippine de la servante et celle singapourienne des parents. Le film dresse subtilement ces différences, construisant un étrange mais juste rapport entre les deux, mêlé à la fois de respect et d'incompréhension.

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    Enfin le plus intéressant dans ces jeux d'interaction se révèle celui construit autour du personnage de l'enfant. Ce dernier présente en effet le portrait le plus poignant du film, gagnant une rare justesse de mouvement et d'action. Peu de parole, et beaucoup de gestes brusques et maladroits accompagnent ce personnage très touchant, là où tant de films affublent les enfants d'une parole bavarde et inutile. La performance extraordinaire du jeune acteur, Koh Jia Ler, sidère.

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    Plus qu'une chronique familiale ou qu'une représentation de la vie de la classe moyenne, Ilo Ilo s'impose enfin comme le récit d'un rééquilibre, d'un retour à une forme d'harmonie, de respiration. Le déséquilibre provoqué par l'arrivée de cette servante, Terri, et de cette autre culture étrangère, permet au final l'équilibre et la conciliation. Cette jolie proposition ne peut qu'émouvoir dans un contexte où tant de films s'enlisent dans une lecture pessimiste.